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lundi 28 mars 2016 | By: Mickaelus

Arrivée de l'anneau de sainte Jeanne d'Arc au Puy du Fou en Vendée

[Ce texte a d'abord été publié sur le forum le 22 mars.]



Le lendemain d'une très bonne soirée passée au Logis de la Chabotterie pour assister à un spectacle, "Nuit blanche à la Chabotterie" (cliquer ici pour quelques extraits), qui commémorait l'exécution du général Charette fin mars 1796, il y a bientôt 220 ans, je me suis rendu avec deux membres de ma famille au Puy du Fou, le 20 mars donc, afin de rendre hommage, cette fois, à sainte Jeanne d'Arc dont l'anneau racheté aux Anglais devait nous être présenté officiellement. La journée était fort belle et agréable, le ciel parfaitement dégagé et d'un bleu pur comme pour mieux accueillir la dernière relique de celle qui fut un "trait d'union entre le Ciel et la terre", comme le déclara ensuite Philippe de Villiers lors de son discours. La foule était fort nombreuse et très compacte dans la cour du Château Renaissance où toute la cérémonie eut lieu : quelques 5000 personnes d'après les estimations, de toutes conditions sociales mais d'une origine française homogène (beaucoup de Vendéens, au sens large, mais aussi des personnes ayant fait le déplacement depuis d'autres régions de France). L'ambiance était à la ferveur et à l'enthousiasme, bien différente de celle d'un 14 juillet ; les gens avaient d'eux-mêmes apporté quelques bannières fleurdelysées sur fonds bleu ou bien blanc, et à peine comptait-on un ou deux tricolores en sus du drapeau "officiel" de la tribune qui faisait part égale avec la bannière blanche de Jeanne d'Arc vouée à Dieu et au Roi. La célébration fut dans la veine idéologique syncrétiste du Puy du Fou, c'est-à-dire inscrite dans l'histoire de France des origines à nos jours : le cortège de l'anneau, présenté d'abord sur un magnifique palanquin, était escorté par des chevaliers aux destriers caparaçonnés et aux étendards colorés, mais aussi par des poilus de 14-18 (le spectacle le plus récent du parc est consacré à Verdun, en attendant le Dernier Panache de Charette cet été). Et puis, se trouvaient présents pour former une haie d'honneur, de nombreux élèves de l'école militaire de Saint-Cyr, venus sur la base du volontariat pour honorer celle qui inspire encore les soldats, et entonner plusieurs chants militaires au fil du temps, notamment sur l'air de Robert Bruce lié à l'entrée de Jeanne d'Arc dans Orléans (cliquer ici pour écouter une interprétation) - l'armée française était encore présente par la délégation de la musique de la région Terre-Ouest.

Des discours furent prononcés par Nicolas de Villiers, fils de Philippe de Villiers et actuel président du Parc du Puy du Fou, par Jacques Trémolet de Villers, qui avait alerté la famille de Villiers sur la mise en vente de l'anneau et qui s'attarda plus précisément sur le procès de Jeanne d'Arc (il est l'auteur de Jeanne d'Arc: Le procès de Rouen (21 février-30 mai 1431)), par Franck Ferrand, historien que l'on connaît pour ses interventions sur France 3 et Europe 1, et par Philippe de Villiers naturellement. La tonalité des interventions - une vidéo vous permettra d'en juger pour Villiers père tout du moins - n'était, ce n'est pas une surprise, pas contre-révolutionnaire ni royaliste mais réactionnaire et patriote à mon sens, dans la lignée de ce que l'on connaît de certains des discoureurs. Ces discours, tout centrés sur la personne de Jeanne, sur ses vertus de résistante, d'illumination et d'exemple, dans la bouche de messieurs de Vill(i)ers ou Ferrand, n'étaient pas sans inspiration pour autant. Cependant, il ne nous est pas possible de souscrire à ce rassemblement neutre, large, si ce n'est nationaliste, voulant faire de Jeanne d'Arc la protectrice d'une France désincarnée, sans le roi, comme si le combat pour le sacre du Dauphin n'avait été, somme toute, qu'anecdotique. Car si Philippe de Villiers pouvait légitimement triompher d'avoir pu "payer la rançon" de Jeanne d'Arc - avec moult donateurs - presque 600 ans après, quand ni Charles VII ni aucun noble compagnon de la Pucelle ne le fit, il n'en reste pas moins que Jeanne s'est battue pour la Foi et par conséquent, pour une conception sacrée du pouvoir qui ne saurait être celle, athée, nihiliste, relativiste, de la république. L'ingratitude sous-entendue du roi (on pourrait aussi parler de celle de la Restauration vis-à-vis des grands sacrifiés de la Guerre de Vendée de 1793-94) n'y change rien. Et puis, on ne peut terminer sans dire un mot de ce rachat de l'anneau désormais plus ou moins contesté par le gouvernement anglais via son Conseil national des arts, ce dernier s'étant soudainement rendu compte que cet objet constituerait un trésor national britannique et qu'il aurait dû, à ce titre, faire l'objet d'une licence d'exportation spéciale. Cela d'après une législation européenne mais qui, d'après Philippe de Villiers, ne devrait concerner que la sortie d'un tel objet de l'Union européenne. Et celui-ci de conclure, après plusieurs traits ironiques, quant à une éventuelle restitution de l'anneau aux Anglais : "it's too late !"

Une fois la cérémonie terminée, qui ne fut pas sans émotion, de scandale à travers ce petit coup de nos voisins d'Albion ou encore grâce aux paroles touchantes d'une petite fille interprétant Jeanne, l'anneau fut déposé sous vitrine dans la chapelle du château et offert à une vénération temporaire, la présentation définitive ne pouvant avoir lieu qu'en avril ou un peu plus tard, le temps que l'installation de la sécurité soit mise en place et satisfaisante. L'empressement de la foule était physiquement manifeste, tant nous étions serrés le temps de pouvoir nous frayer un passage jusqu'à la relique, devant laquelle on ne pouvait que brièvement prier et se recueillir. Je ne manquai pas, pour ma part, de remercier la sainte pour son sacrifice, de lui demander de protéger la France et de nous aider, du Ciel cette fois-ci, à emmener l'héritier du trône de France vers le sacre que nous attendons tant.


Quelques liens, pour terminer, sur ce sujet de l'anneau :


Articles & comptes-rendus :

  • Le premier, écrit par Denis Tillinac pour Valeurs actuelles avant la cérémonie, représente bien la tendance réactionnaire : cliquer ici.
  • Un article sur la question de l'authenticité, quasiment prouvée (avant la cérémonie également) : cliquer ici.
  • Un court sujet du journal de 13 heures de Jean-Pierre Pernaut : cliquer ici.
  • Article du Figaro sur la cérémonie : cliquer ici.
  • Article de Ouest-France sur l'affaire anglaise : cliquer ici.
  • Un long entretien de Philippe de Villiers pour le site le Rouge & le Noir (28 mars) : cliquer ici.

A lire :




samedi 13 juin 2015 | By: Mickaelus

Visite de Mgr. le duc d'Anjou Louis de Bourbon en Bretagne


A la fin du mois dernier, du 29 au 31 mai plus précisément, avec l'IMB et l'UCLF, l'héritier des rois de France Louis Alphonse de Bourbon, duc d'Anjou, couramment désigné également sous son nom de règne, Louis XX, en compagnie de son épouse la princesse Marie-Marguerite, ont honoré la Bretagne d'une visite qui fut fort riche en paroles fortes dont je vous propose quelques extraits ci-dessous. Avant tout cependant, voici des liens vers les discours dans leur intégralité :

- Louis de Bourbon : visite officielle en Bretagne (forum du trône et de l'autel) ;
- Mgr. le duc d'Anjou et Madame la duchesse en Bretagne (site de l'Institut de la Maison de Bourbon) ;
- Visite de Louis XX en Bretagne (site Vive le Roy).



Au Télégramme qui fit paraître un entretien avec le duc le 30 mai, celui-ci rappela d'abord de quelle tradition il est le dépositaire, définissant la différence irréductible qui existe entre royalistes légitimistes et orléanistes, et même monarchistes bonapartistes :

"Il peut, en effet, y avoir confusion, puisque Henri d’Orléans, comte de Paris, est le descendant direct de Louis-Philippe d’Orléans devenu roi des Français lorsqu’il a usurpé, en 1830, le trône de son cousin Charles X, roi de France. Louis-Philippe a créé une nouvelle dynastie, comme Napoléon 1er en avait aussi créée une autre à l’ombre de la Révolution française. Pour moi, je descends de la branche aînée des Bourbons, celle des rois de France depuis Louis XIV. Avec mon cousin Henri d’Orléans, nous nous rencontrons régulièrement dans des cérémonies. Nous représentons deux traditions différentes. Je suis le seul héritier des rois qui ont régné sur notre pays, de Clovis à Charles X."

 L'héritage des rois de France, tout millénaire qu'il soit et tout désuet qu'il puisse paraître aux yeux de certains, est assumé comme des racines profondes et une force vivante pour le présent comme pour l'avenir, garantes de valeurs et de repères, sources d'unité nationale et pouvant encore s'incarner pour rendre à la France sa grandeur et son génie propres :

"Pour certains, [la monarchie française] c’est l’évocation de souvenirs; pour d’autres, l’étude et la recherche, et, pour beaucoup, c’est regarder vers les autres pays qui ont conservé leur monarchie avec ce que cela sous-entend d’unité et de partage. Le roi ou la reine appartient à chacun de ses sujets. Il y a un lien charnel. C’est ainsi que se forme une communauté. Les Français le ressentent et ils ont la nostalgie de cette grande famille."

"En politique, tout est possible et l’utopie n’existe pas. L’histoire de la royauté nous le montre. A tous les siècles, la question aurait pu se poser. J’aime bien évoquer ce qui s’est passé au XIVe siècle avec Charles VII. Sans doute, beaucoup pouvaient alors voir une utopie dans la mission de Jeanne d’Arc …Et le roi a finalement été sacré à Reims !"

"La crise économique, avec ses conséquences en matière d’emplois, de précarité, d’investissements, est durement ressentie. La crise morale ne l’est pas moins. Les attaques contre la vie, contre la famille inquiètent. Cette crise morale se double d’une autre, identitaire, et le communautarisme est mal ressenti dans un pays qui a toujours reconnu les diversités dès lors qu’il y avait un fond commun unitaire. En revanche, il y a et, ce qui est encourageant, surtout chez les jeunes, une grande espérance. Les jeunes ne baissent pas les bras. Ils ont envie de bâtir un monde meilleur et plus harmonieux. Ils ont souvent une conscience du bien commun que n’ont pas eue les deux générations précédentes plus tournées vers le bien-être personnel et un certain égoïsme."

"En effet, on assiste actuellement à la perte des valeurs. La vie humaine, par exemple, n’est plus un impératif. On tue pour quelques euros, on assassine par confort. Le droit des enfants n’est plus garanti. Ainsi, face à un pouvoir qui ne défend plus l’ordre naturel, comme héritier de la dynastie capétienne, je demeure le garant des valeurs morales."



Ces citations classées thématiquement, prononcées à Lorient, au Champ des martyrs de Brec’h, à sainte-Anne d'Auray, permettent d'apprécier la vision de Mgr. Louis de Bourbon sur la France, ses devoirs d'héritier de la monarchie française ainsi que sur le souvenir de Louis XIV, des chouans et vendéens et du comte de Chambord, Henri V.



La Bretagne

"Les Bretons, issus d’une terre qui a montré sa vigueur, sa ténacité, son courage dans bien des épreuves au cours de l’histoire, sont par nature des entrepreneurs et des responsables. Liés à la mer depuis toujours, le commerce international ne fait pas peur et vous savez vous ouvrir aux nouveaux marchés. Votre esprit d’innovation d’adaptation sont les meilleurs atouts pour préparer l’avenir et affronter l’actuelle crise ; pour recréer la confiance des marchés économiques et sortir d’une spirale négative."



Les Chouans dans la contre-révolution et les guerres de Vendée (1793-94)

"Nous voici réunis en un lieu qui marque le souvenir de bien des sacrifices survenus après beaucoup d’espoirs, mais aussi un lieu qui symbolise bien des regrets. Pourtant, le succès semblait à portée de mains ; la présence d’un Prince à proximité était un événement considérable et si attendu ; l’aide des anglais était susceptible de contribuer à la victoire de façon décisive. Le drapeau blanc pouvait, leur semblait-il, retrouver le chemin de Paris depuis la Bretagne fidèle !

L’histoire ne s’est pourtant pas déroulée ainsi et la terre a rougi du sang des victimes sacrifiées à leur conviction pour une société dans laquelle Dieu devait avoir la première place, à la défense de leurs prêtres et de leur foi, à leur sens de l’honneur et à la conception qu’ils avaient des libertés provinciales, jamais remises en cause depuis l’union de la Bretagne à la France.

Épisode tragique de la guerre menée par les Chouans qui avaient mis tous leurs espoirs dans le débarquement de Quiberon, première étape vers le retour de l’héritier des lys sur son trône. Cela aurait épargné bien des souffrances et des vicissitudes au peuple français et en particulier une guerre civile, prémisse de toutes celles que les dix-neuvième, vingtième et début de vingt et unième siècles devaient connaître [...]

Je me permets de paraphraser l’illustre Chateaubriand pour dire que le sang de vos aïeux teinte pour l’éternité la bannière de France. Il faut leur rendre hommage. Le souvenir du sacrifice de ces milliers de victimes demeure présent et leur mort, il y a deux cent vingt ans, n’a pas été vaine. Le fait même que, plus de deux siècles après, cet épisode tragique soit encore si présent dans les mémoires, atteste de son poids pour notre époque pourtant si chargée en génocides de toutes sortes."

"Les jeunes y puiseront ce qui manque souvent le plus, la gratuité de l’action humaine ; savoir donner de son temps ; risquer sa vie pour des exigences qui dépassent l’individu et ses égoïsmes. Voilà ce que nous apprend ce « Champ des martyrs ». La religion catholique nous enseigne que le sang des martyrs est le terreau dans lequel s’ensemence l’avenir. Ceux qui maintiennent leur souvenir année après année avec dévouement et persévérance doivent aussi être remerciés.

En restant fidèles au sacrifice des anciens, nous sommes aussi les artisans de l’avenir ! Les morts qui reposent ici sont les sentinelles qui protègent notre société."

"Ainsi, sur cette terre bretonne qui a su donner lorsqu’il le fallait, son sang pour défendre ses prêtres, son roi et ses libertés provinciale, j’apprécie le travail effectué par toutes les associations qui entretiennent ce souvenir. Elles continuent à être fidèles aux principes qu’incarne la royauté. […] Ces dernières maintiennent le souvenir de ces épisodes si douloureux souvent occultés alors que toute une province paya un lourd impôt du sang pour être fidèle à Dieu et à son Roi."



Louis XIV

"La Compagnie des Indes, le développement des routes d’Orient, voulues par le Roi, font preuve d’une extraordinaire vision d’avenir. Dans un État qui était en train de stabiliser définitivement ses frontières, porter ses regards outre-mer, était faire preuve d’un sens politique d’une rare acuité.
Le roi a voulu engager son pays vers de nouveaux horizons. Précurseur, il a souhaité que l’économie trouve de nouvelles voies.

La grandeur des politiques se perçoit aux fruits qu’elles portent sur le moment et dans la durée. En ce sens Louis XIV est un grand monarque car, en bien des domaines, son œuvre est pérenne."

"Oui, les grandes politiques se jugent à leurs fruits, et les grands souverains à la pérennité de leurs actions.
Je suis heureux de pouvoir le rappeler en évoquant ici, Louis XIV mon grand-père. Cette année du tricentenaire de la mort du monarque préfigure l’anniversaire de la ville de Lorient l’an prochain, qui sera, Monsieur le Maire, j’en suis sûr, un grand succès."

"Vous comprendrez donc qu’à l’occasion de ce déplacement en Bretagne pour honorer le roi Louis XIV dont on commémore cette année le tricentenaire de la mort, nous avons souhaité, la Princesse Marie-Marguerite, et moi-même venir nous recueillir devant ce monument. Au-delà de l’hommage à rendre au Grand Roi qui fut aussi un grand chef de guerre, il y a aussi des devoirs à rendre à tous ceux sans lesquels les pages de gloire n’auraient pas été écrites.

Or, sans doute n’est-ce pas un hasard que ce soit Louis XIV qui m’amène en Morbihan. Son souvenir y est très présent d’abord par toutes les prières d’intercession adressées pour sa naissance à Sainte-Anne-d’Auray par sa mère et ensuite, par son œuvre à Port-Louis ou à Lorient, deux villes marquées par une vie militaire toujours active. Nous l’avons constaté ayant été reçus par la Marine nationale. Nous avons pu y voir à l’œuvre les Fusiliers Marins et Commandos, héritiers contemporains de la Marine royale. La tradition perdure à travers cette unité d’élite!

Mais le roi de gloire a aussi été un souverain charitable et reconnaissant. Avec la fondation des Invalides, Louis XIV a montré qu’il avait le souci de ceux qui avaient combattu dans ses armées pour assurer à notre pays, paix et prospérité. Il a voulu le plus beau monument, la meilleure des institutions pour qu’une fois vieux ou blessés, ceux qui ont servi, ne soient pas oubliés. Son œuvre est toujours là comme un témoignage du soin qu’il prenait de l’âme et du corps de ceux qui avaient combattu à ses côtés.

Ainsi, à Sainte-Anne-d’Auray, je ne peux m’empêcher de penser que ce monument s’inscrit dans l’esprit de ce que souhaitait le Roi Soleil et que le tri-centenaire est l’occasion de rappeler. Rien n’est trop beau pour les soldats, pour les victimes des guerres. Pour leur signifier notre respect.

Les honorer fait partie de notre devoir. Je le ressens doublement, comme héritier d’une longue tradition dans laquelle la guerre a tenu une place importante, et plus directement encore, comme Lieutenant de Vaisseau de réserve.

Ce monument à toutes les guerres est unique en France. Il honore tous ceux qui ont combattu au cours des siècles, des Champs Catalauniques aux actuels théâtres d’opérations extérieures, en passant, bien évidemment, par le combat des Trente ou la bataille d’Auray et les deux derniers conflits mondiaux dont on célèbre le centenaire et les soixante-dix ans. La présence des bannières et drapeaux, ici présents, l’atteste. La symbolique des statues rappelle tous les corps des armées contemporaines mais derrière se lisent aussi ceux des troupes anciennes, les hussards, les lanciers, les mousquetaires, les dragons et les chevaliers comme Bayard et Bertrand Du Guesclin dont les statues sont à quelques mètres…

Les gerbes que nous déposons, les chants et cantiques qui montent comme autant de prières, sont les signes de cette reconnaissance à tous les soldats, de toutes les guerres, de toutes les époques, qui ont donné leur sang pour que vive la France !"



Le comte de Chambord, Henri V

"Sa mémoire est importante aussi pour notre époque. Les qualités de l’homme et les idées qu’il ne cessa de défendre peuvent nous aider, aussi et toujours, à préparer l’avenir. Le Comte de Chambord n’était pas un homme du passé. Ses écrits montrent combien il avait le sens des événements et comme il voyait les problèmes de son temps. Il a su ainsi encourager ceux qui se préoccupaient des questions sociales dans un monde en pleine mutation institutionnel et économique. N’est-ce pas là un appel pour nous-mêmes. Notre génération est confrontée également à des transformations de grande ampleur. La mondialisation des échanges modifie les rapports de force, comme au XIXe siècle la centralisation remettait en cause les libertés locales. À l’exemple du Comte de Chambord, il nous appartient, à tous, de voir comment nous pouvons réfléchir et agir en fonction des nouveaux enjeux. Ne pas rester figés sur la nostalgie d’un monde passé mais créer le monde de demain sur les principes de la tradition.

Tel est bien, en effet le message du Comte de Chambord. Être ouvert à son temps, ce n’est pas en accepter benoîtement les dérives et les propositions contre nature. Au contraire il s’agit de prolonger la mission de progrès qui a toujours été celle de la royauté française. Il y a cent cinquante ans l’héritier de la Couronne était confronté à la société industrielle et à ses dérives. Ce sont ces dernières qu’il refusa et notamment les conditions faites aux ouvriers, mais pas les progrès économiques. Ce qu’il rejetait c’était une économie perdant ses repères et la naissance des premiers désordres qui se traduisaient par des atteintes à la dignité de l’homme.

De nos jours nous sommes confrontés à une grave crise éthique. Notre société acceptera-t-elle des débordements contre nature qui remettent en cause les fondements de la vie ? La famille est attaquée et peine à maintenir son rôle d’éducatrice et de protectrice de la vie. De la naissance à la mort, l’homme est actuellement confronté à des multiples assauts.

Redonner du sens à la vie. Être des porteurs d’espoir. Ré-enchanter la société, tel est notre devoir. Il s’impose à l’égard de notre pays et à tous les Français. N’ayons pas peur ! Ne soyons pas découragés,
C’est tout un symbole que de pouvoir le rappeler ici, à Sainte-Anne d’Auray. Nous sommes ici dans un lieu de pèlerinage parmi les plus importants de France. Un lieu qui a été honoré de la visite du saint Pape Jean-Paul II, en 1996. Ce Pape fut celui d’un combat qui paraissait bien improbable, la chute du communisme. Le Comte de Chambord fut aussi l’homme des combats qui paraissent impossibles. Il n’est pas remonté sur le trône de ses ancêtres mais il a conservé intact le principe de la royauté sans l’affadir, ni le compromettre.
Il nous appartient de continuer son œuvre de fidélité et d’espoir, et de lui rendre l’hommage qui lui revient.
Devant ce monument, souvenons-nous que nous sommes les veilleurs de la mémoire, en charge de transmettre des valeurs dans lesquelles nos enfants puiseront pour continuer à écrire l’histoire de France."



Royauté & avenir - Tradition & modernité

"[...] Comme dans tous nos déplacements, nous avons aussi voulu y associer une approche des aspects les plus modernes de votre région [ndlr : la Bretagne] notamment en matière de Défense et d’économie. La royauté, en effet, n’a pas à être une nostalgie mais, au contraire, doit aider à préparer l’avenir. C’est ainsi que nous sommes dignes de l’héritage reçu."

"Tradition et modernité. Il me semble que depuis que je suis devenu chef de la Maison Capétienne, héritier des rois de France, c’est le message que je veux faire passer. Les traditions sont peu de choses lorsqu’elles ne sont que conservatisme. Elles sont beaucoup lorsqu’elles permettent d’ouvrir sur le présent et le progrès. Elles sont peu lorsqu’elles ne sont que regrets du passé. Elles sont beaucoup, en étant espoir et encouragement à la jeunesse et à l’innovation."

"Nous sommes des héritiers mais nous ne devons pas cacher notre trésor. Nous devons au contraire le faire fructifier. Tel est notre devoir. Nous avons un héritage à transmettre. Nous devons faire vivre et croître ce que nous avons reçu, par respect pour ceux qui nous ont précédés et pour préparer l’avenir de nos enfants."

"Le souvenir du passé doit nous aider à affronter les malheurs des temps présents. Nous ne devons pas avoir peur de nous engager pour nos familles et nos enfants. En étant les gardiens de la tradition, nous sommes les précurseurs du monde meilleur que nous souhaitons à nos héritiers.

Notre société est aussi confrontée à de nombreuses tourmentes. Certes elles ne mettent pas nos vies en danger comme ce fut le cas il y a deux siècles, mais en attaquant les fondements de la famille, de l’éducation et de la vie, elles sont tout aussi dramatiques pour l’avenir. Mais gardons l’espérance ! « N’ayons pas peur », comme le répétait le saint Pape Jean-Paul II qui est venu en pèlerin lui aussi à Sainte-Anne-d’Auray il y a presque vingt ans."
lundi 5 mars 2012 | By: Mickaelus

Louis de Culant

CULANT (Louis, baron DE), seigneur de Châteauneuf, amiral de France sous Charles VII, était issu d'une des plus anciennes familles du Berry, alliée aux Bourbons, aux Châtillons, aux Gamaches, aux Sully, etc., et qui remonte à Jobert, sire de Culant, vers l'année 1122 (voy. La Thaumassière, Histoire de Berry). Il fut longtemps prisonnier en Turquie, et fit construire au château de Culant, situé sur une haute montagne à dix lieues de Bourges, une tour sur le modèle de celle où il avait été détenu. Il était capitaine général des frontières du Lyonnais, du Mâconnais et du Charolais, lorsqu'il fut nommé (1417) bailli de Melun, charge alors très importante, et amiral de France en 1422. Il se signala au siège d'Orléans avec Dunois, Xaintrailles et La Hire, força plusieurs fois les quartiers de l'armée anglaise, introduisit des convois, et, après le combat sanglant de Rouvray-Saint-Denis, se jeta lui-même dans la place, et contribua beaucoup à la délivrer. Il était de tous les braves de ce temps celui dont Jeanne d'Arc faisait le plus de cas, et les historiens parlent des prodiges de sa valeur. La même année, il fut chargé, avec les maréchaux de Boussac et de Rais, de porter la sainte ampoule au sacre de Charles VII. L'année suivante, adjoint avec Chabannes à Charles de Bourbon, comte de Clermont, il veilla à la défense des pays nouvellement reconquis. Il mourut sans enfants en 1444.

Biographie universelle de Michaud


Château de Culan

C'est vers 1370 que naît Louis de Culan, une des figures les plus étonnantes de cette période troublée. La carrière militaire de Louis de Culan l'emmènera très loin de son Berry natal. En 1395, il guerroie aux côtés de Jean, fils du duc de Bourgogne, dans la croisade contre le sultan Bayazid Ier. Capturé par les Turcs à la bataille de Nicopolis, dans l'actuelle Bulgarie, il reste neuf mois captif. En 1399, il repart combattre les Turcs qui menacent Constantinople et la Terre sainte. Cette expédition dure plusieurs années. Louis de Culan s'y illustre pendant le siège de Tripoli, où son armée parvient à repousser les forces turques, pourtant sept fois plus nombreuses. Par une cruelle ironie du destin, Culan est capturé par les Vénitiens sur la route du retour, et ce n'est qu'en 1410 qu'il revient en France, où il se met à la disposition du roi.

Il survit par miracle au désastre d'Azincourt, le 25 octobre 1415, où la fine fleur de la chevalerie française est massacrée par l'armée anglaise. En 1420, Louis hérite de la baronnie de Culan de sa cousine Éléonore. Fidèle au dauphin, le futur Charles VII, Louis de Culan participe alors activement à la reconquête du royaume contre les Anglais, ce qui lui vaut le titre d'amiral de France. En 1429, il est aux côtés de Jeanne d'Arc lors de la prise d'Orléans. Après ces exploits, Louis de Culan met un terme à son existence aventureuse et se retire dans son château des bords de l'Arnon, dont l'austérité s'accorde avec son tempérament guerrier. Vers 1440, il complète la défense en érigeant un puissant châtelet d'entrée, aujourd'hui disparu.

Châteaux et manoirs du Berry, Éditions Atlas, p. 91-92
jeudi 19 février 2009 | By: Mickaelus

Le drapeau blanc, par Henry de Saint-Léon



LE DRAPEAU BLANC

La question du drapeau agite en ce moment tous les esprits : les uns accepteraient une restauration du petit-fils de saint Louis avec l'emblème des trois couleurs ; d'autres, inflexibles dans leur foi politique, n'accordent aucune concession et ne veulent se rallier qu'autour du panache blanc d'Henri IV. Je vais de mon mieux retracer, dans un léger aperçu historique, quelles sont les vraies couleurs nationales de la France, et je n'impliquerai rien d'injurieux à l'égard de ceux qui ont servi leur pays soit sous le drapeau blanc, comme sous le drapeau tricolore. Monseigneur le comte de Chambord l'a déclaré lui-même dans son admirable manifeste du 5 juillet dernier : « Quelle que fût la couleur du drapeau sous lequel marchaient nos soldats, j'ai admiré leur héroïsme et rendu grâce à Dieu de tout ce que leur bravoure ajoutait au trésor des gloires de la France. »


Origine des Fleurs de Lys.

L'emblème du Lys est le plus ancien du monde. Il était non seulement le signe distinctif des villes, mais encore celui des corporations et des familles. Les Gaulois l'avaient en vénération ; ils plaçaient une fleur de lys à la poignée de leur armure ; ils en ornaient leurs monuments. Au musée du Louvre, l'on peut admirer un sceptre, attribué au roi Dagobert, surmonté d'une fleur de lys. A Blaye, dans une des vieilles portes de la citadelle, se trouve un vieil écusson, garni de grosses têtes de clous, formant l'écusson des armes de France, fleurdelisées. Principalement dans nos cathédrales, à Reims, Orléans, Chartres, etc., se trouvent des statues de nos anciens rois, tenant des sceptres de lys.

Si nous devons nous en rapporter à l'historien Legendre, il aurait été découvert, en 1653, dans le tombeau de Childéric Ier, qui mourut en 480, deux fers d'armures, sortes de javelot, ressemblant à une fleur de lys, ainsi que trois cent joyaux de fort petite dimension, ayant la forme d'une mouche, et qui nous montrait une fleur de lys renversée.

Le mot lys appartient à l'ancien langage celtique, qui signifiait, à l'époque, lis de justice, où le roi apparaissait, avec la couronne sur la tête, revêtu du manteau royal en velours bleu et le sceptre d'or. Ce sceptre avait au bout une fleur à demi-épanouie, dont quatre pétales marquaient les angles. Les Cours ou le lis était pour les grandes manifestations royales ; on se sera accoutumé à donner le nom de fleur de lys, qui en devint désormais leur emblème royal.


Les Lys et le Drapeau blanc de 1450 à 1793, de 1815 à 1830.

Le blanc fut toujours la couleur nationale de la nation française ; jusqu'au règne de Charles VI, les pennons, bannières ou oriflammes multicolores, étaient l'emblème des Français. Mais pendant le règne de Charles VII, changeant leurs ornements et leurs couleurs, ils devinrent sous le nom de cornettes blanches, le Drapeau blanc de la France.

Depuis longtemps une tendance au retour complet vers le blanc s'était manifestée dans la nation comme couleur politique. A Espailly, le drapeau blanc avait salué le nouveau roi ; le drapeau blanc de Jeanne d'Arc avait acquis une immense renommée, et tous les Français étaient désignés par les ennemis sous la couleur blanche. Il fut arrêté en plein Parlement que le blanc serait la couleur éternelle de la nation, qu'elle deviendrait celle des étendards royaux, et que les pennons rouges de la bannière de France et les pennons bleus du roi se résumeraient dans une seule couleur, la cornette blanche. Or, la cornette blanche est l'origine du drapeau blanc. Elle était fort simple, ornée de fleurs de lys d'or.

Sous le règne de Charles IX, les drapeaux blancs se multiplièrent. Sous Henri III, l'armée n'en possédait que douze, jusqu'au jour de la réorganisation de l'armée, où chaque colonel en reçut un du roi. Plus tard, les régiments se subdivisèrent en bataillons, et le royal emblème se multiplia dans toute l'étendue des villes du royaume.

Ainsi le drapeau blanc, depuis 1450 jusqu'en 1793, de 1815 à 1830, a flotté sur nos remparts. On le voit en 1590 levant le siège de Paris, délivré par Henri IV ; en 1597, au siège d'Amiens ; en 1630, le roi Louis XIII le fit flotter dans toute la Normandie ; il brille de son plus pur éclat sous l'illustre règne de Louis XIV, de 1643 à 1715. Il se couvre de gloire, en 1745, sous Louis XV, à la bataille de Fontenoy ; sous Louis XVI, il proclame l'indépendance de l'Amérique et restaure la liberté française ; de 1815 à 1830, sous Louis XVIII et Charles X, il flotte en Espagne, en Grèce, sur les minarets d'Alger, et nous lègue cette immense colonie.

Voilà le drapeau de la France, c'est avec lui que s'est faite l'unité nationale, c'est lui qui agrandit notre territoire ; c'est lui, comme l'a si bien déclaré, dans son dernier manifeste, Mgr le comte de Chambord, le légitime héritier de cette illustre race de héros, c'est lui qui vaincra encore la barbarie nouvelle dont le monde est menacé.

Henry de Saint-Léon, Le drapeau blanc (1871)


Lire aussi :
Le drapeau de la France (politique)
Henri V, sa vie et ses principaux écrits, par un partisan du droit national (1874) (histoire)
Le drapeau blanc (littérature)
L'étendard des lis (littérature)

samedi 8 novembre 2008 | By: Mickaelus

La monarchie absolue sous Louis XIV, par François Bluche

"Dès 1661 Louis XIV a donné au régime français une unité, un style. Il en est résulté presque aussitôt cette monarchie absolue qu'admirent alors les Français, et que tentent d'imiter les rois d'Europe.

Aujourd'hui ces faits sont trop oubliés. Nos sensibilités échappent malaisément au pouvoir des mots. Or, depuis 1789, un enseignement simplificateur a noirci le concept de monarchie absolue. Le XIXe siècle l'a d'ailleurs peu à peu remplacé par l'horrible mot d'absolutisme, faisant de l'ancien régime un système de l'arbitraire, voire du despotisme ou de la tyrannie. La monarchie de Louis XIV devenait rétrospectivement comme le règne du bon plaisir.

On peut en général retrouver l'origine de chaque légende. Depuis Charles VII les lettres patentes des rois s'achevaient par l'expression : "Car tel est notre plaisir." Nos ancêtres, à qui le latin n'était pas étranger, lisaient : Placet nobis et volumus (C'est notre volonté réfléchie). Ils voyaient en cette formule la décision délibérée du Roi, non son caprice. De même traduisaient-ils sans hésiter monarchia absoluta par monarchie parfaite.

De l'enthousiasme de 1661 à la morosité trop soulignée de 1715, cinquante-quatre ans vont passer, souvent rudes, sans vraiment modifier l'admiration des Français pour le régime. Il est naturel, même pour ceux qui ont à se plaindre du monarque, de célébrer la monarchie absolue. Aux yeux d'un Pasquier Quesnel (1634-1719), janséniste exilé, la constitution française est parfaite, où "la royauté est comme éternelle". Le Roi jouit d'une légitime souveraineté ; "on le doit regarder comme le ministre de Dieu, lui être soumis et lui obéir parfaitement". Un Pierre Bayle (1647-1706), calviniste exilé, condamne les gouvernements mixtes, glorifie après Hobbes "l'autorité des rois", déclare froidement que "le seul et vrai moyen d'éviter en France les guerres civiles est la puissance absolue du souverain, soutenue avec vigueur et armée de toutes les forces nécessaires à la faire craindre".

Mais absolutus, venant du verbe absolvere (délier), les Français du XVIIe siècle savent aussi que monarchia absoluta signifie monarchie sans liens, et non pas sans limites. Les juristes théoriciens de la souveraineté (André Duchesne, Charles Loyseau, Jérôme Bignon) avaient, comme par hasard, développé leurs théories en 1609 et 1610, au lendemain de la grande anarchie des guerres de religion et de la reconstruction du royaume par le Béarnais. Qu'ils l'aient senti ou non, prôner alors une monarchie absolue revenait à exalter Henri IV ; leurs lecteurs pouvaient au moins comprendre qu'une pratique relativement débonnaire était conciliable avec la rigidité des principes. En 1609, il n'était pas question de confondre monarchie absolue et despotisme.

D'ailleurs, pour les juristes comme pour les Français instruits, le pouvoir royal, s'il est absolu, est également circonscrit. Le monarque doit respecter les maximes fondamentales, dites encore lois du royaume. La plus importante est la loi de succession, familièrement désignée sous le nom de "loi salique". Unique au monde, logique, précise, œuvre du temps et forgée par les grands événements de notre histoire, garante de la continuité et de l'unité du royaume, cette loi montre clairement que l'État passe avant le Roi. On peut dire qu'elle tient lieu à la France de constitution coutumière. La deuxième loi fondamentale affirme le caractère inaliénable du Domaine. Elle s'appuie sur un grand principe : le souverain n'est qu'usufruitier, et non propriétaire de son royaume. La troisième maxime - non reçue par tous, fortement commentée depuis 1614 - est appelée loi d'indépendance : le Parlement de Paris en a fait le système des libertés de l'Église de France, une permanente sauvegarde contre les empiétements de Rome.

De ces grands traits de notre droit public, résulte l'idée que la monarchie est plus absolue que le monarque."

François Bluche, Louis XIV, dans Le grand règne

mardi 7 octobre 2008 | By: Mickaelus

Charles d'Orléans : La Complainte de France

Charles d'Orléans (1394-1465) est un prince de France - petit-fils (Charles V), cousin (Charles VII), neveu (Charles VI) et père (Louis XII) de rois de France- au destin bien singulier. En effet, lors de la Guerre de Cent ans, il fut fait prisonnier à la tristement célèbre bataille d'Azincourt en 1415 et est resté captif vingt-cinq ans en Angleterre (comme d'autres grands personnages du royaume, ainsi le duc de Bourbon, avec qui il séjourna à Douvres, évoquée dans la ballade, en mai 1433). C'est pourtant à cet événement fatal pour les ambitions politiques que pouvaient nourrir le duc que nous devons son œuvre poétique, qui s'inscrit de belle façon dans la tradition lyrique et courtoise. On y peut lire les effets du temps qui passe et de l'éloignement, l'histoire du rapport avec le Seigneur Amour et bien d'autres comme Bon Espoir, Dangier, Confort, Beauté, Nonchaloir, etc. A propos d'éloignement justement, et bien que le recueil de Charles d'Orléans traite beaucoup d'amour, le duc n'en oublie pas moins sa douce France, ainsi dans la ballade qui suit.

Illustration d'un recueil de poèmes du duc d'Orléans
commémorant son emprisonnement dans la Tour de Londres



Balade 98

En regardant vers le païs de France,
Un jour m'avint a Dovre sur la mer
Qu'il me souvint de la doulce plaisance
Que souloye ou dit paÿs trouver.
Si commençay de cueur a souspirer,
Combien certes que grant bien me faisoit
De voir France que mon cueur amer doit.

Ie m'avisay que c'estoit non savance
De telz souspirs dedens mon cueur garder,
Veu que je voy que la voye commence
De bonne paix qui tous biens peut donner.
Pource tournay en confort mon penser,
Mais non pourtant mon cueur ne se lassoit
De voir France que mon cueur amer doit.

Alors chargay en la nef d'esperance
Tous mes souhaitz, en les priant d'aler
Oultre la mer sans faire demourance
Et a France de me recommander.
Or nous doint Dieu bonne paix sans tarder !
Adonc auray loisir, mais qu'ainsi soit,
De voir France que mon cueur amer doit.

L'envoy

Paix est tresor qu'on ne peut trop loer.
Je hé guerre, point ne la doy prisier ;
Destourbé m'a long temps, soit tort ou droit,
De voir France que mon cueur amer doit.

Charles d'Orléans, Ballades et rondeaux


A lire aussi sur le thème de l'éloignement et de l'amour de la France : Du Bellay : son amour de la France dans Les Regrets

mardi 23 septembre 2008 | By: Mickaelus

Charles d'Orléans : célébration de la reprise de la Guyenne et de la Normandie aux Anglais (1453 ; 1449)

Henri Decaisne, Entrée de Charles VII à Rouen,
10 novembre 1449


Balade 76


Comment voy je ses Anglois esbaÿs !
Resjoÿs toi, franc royaume de France !
On apparçoit que de Dieu sont haÿs,
Puisqu'ilz n'ont plus couraige ne puissance.
Bien pensoient par leur oultrecuidance
Toy surmonter et tenir en servaige,
Et ont tenu a tort ton heritaige.
Mais a present Dieu pour toy se combat
Et se monstre du tout de ta partie ;
Leur grant orgueil entierement abat,
Et t'a rendu Guyenne et Normandie.

Quant les Anglois as pieça envaÿs,
Rien n'y valoit ton sens ne ta vaillance.
Lors estoies ainsi que fut Taÿs
Pecheresse qui, pour faire penance,
Enclouse fut par divine ordonnance ;
Ainsi as tu esté en reclusaige
De desconfort et douleur de couraige.
Et les Anglois menoient leur sabat
En grans pompes, baubans et tiranie.
Or a tourné Dieu ton dueil en esbat
Et t'a rendu Guyenne et Normandie.

N'ont pas Anglois souvent leurs roys traÿs ?
Certes ouyl, tous en ont congnoissance,
Et encore le roys de leur paÿs
Est maintenant en doubteuse balance.
D'en parler mal chascun Anglois s'avance ;
Assez monstrent par leur manvais langaige
Que voulentiers lui feroient oultraige.
Qui sera roy entr'eulx est grant debat ;
Pource, France, que veulx tu que te dye ?
De sa verge Dieu les pugnist et bat
Et t'a rendu Guyenne et Normandie.

Prince

Roy des Françoys, gangné as l'avantaige !
Parfaiz ton jeu comme vaillant et saige ;
Maintenant l'as plus belle qu'au rabat,
De ton bon eur, France, Dieu remercie !
Fortune en bien avecques toy s'embat
Et t'a rendu Guyenne et Normandie.

Charles d'Orléans, Ballades et rondeaux
[collection Lettres gothiques]


Philippe Larivière, Bataille de Castillon,
17 juillet 1453