jeudi 29 septembre 2011

Savenay !



Tous les preux étaient morts, mais aucun n'avait fui.
Alfred de Vigny


Savenay ! Savenay ! sous la blanche bannière,
Entraînés par la Croix, là-bas nos saints martyrs
Sont tombés en jetant, comme derniers soupirs,
Ces cris : Au roi nos vœux ! à Dieu notre prière !

Savenay ! Savenay ! ton sol a vu passer
Les sept mille chrétiens, la phalange des braves ;
Ils ont choisi la mort plutôt que d'être esclaves,
Leur gloire désormais ne pourra s'effacer.

Savenay ! Savenay ! le sang de leurs blessures,
Tes campagnes l'ont bu ! les grands guerriers sont morts,
Leur cœur était sans tache et leurs bras restaient forts :
Ils ne portaient au front aucunes flétrissures.

Savenay ! Savenay ! les ennemis du roi
Étaient plus de vingt mille, autour de cette armée ;
Ils l'ont, un jour durant, cernée et décimée
Sans avoir pu jamais surprendre un cri d'effroi.

Savenay ! Savenay ! au fort de la mêlée,
Tu les as vus, ces preux, ces soldats paysans.
Brandir un tronçon d'arme et, quoique agonisants,
Faire trembler la haine autour d'eux centuplée.

Savenay ! Savenay ! jusque-là ces héros
Avaient pris cent canons et gagné sept batailles ;
Sept villes devant eux ouvrirent leurs murailles ;
Ils avaient fait périr trente mille bourreaux.

Savenay ! Savenay ! la troupe vendéenne
Fut digne du passé, cependant aujourd'hui
De ces braves guerriers les os jonchent la plaine.
Ils ne sont plus, c'est vrai... mais pas un seul n'a fui !

Savenay ! Savenay ! sous la blanche bannière,
Entraînés par la Croix, là-bas nos saints martyrs
Sont tombés en jetant, comme derniers soupirs,
Ces cris : Au roi nos vœux ! à Dieu notre prière !


Dom Joseph Roux, Souvenirs du bocage vendéen (1898)


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