jeudi 29 septembre 2011

Les Ancêtres



Mementote operum patrum vestrorum.
« Souvenez-vous des oeuvres de vos ancêtres. »
(I Machab., II, 51)

Lorsque vers le passé nous dirigeons les yeux,
Nous désirons savoir quels furent nos aïeux,
Et si, pour héritage,
A leurs petits enfants ils ont transmis l'honneur,
Cette chose qui, seule, anoblit notre cœur,
Et passe d'âge en âge.

Si nous voyons alors, de notre œil fasciné,
Sur l'autel de l'honneur et le front couronné,
Quelque vieux patriarche,
Nous lui disons, joyeux, en lui baisant la main :
Ce que tu fis hier, nous le ferons demain,
Et nous suivrons ta marche.

Nous voulons, comme toi, tracer notre sillon,
Dans le champ de l'honneur ; nous voulons un rayon
De ta sublime gloire ;
Notre cœur, aussi lui, sera puissant et fort.
Comme toi, nous saurons gagner, par notre mort,
Une page d'histoire.

Eh bien ! nous, Vendéens, nous, pauvres paysans,
Nous, simples travailleurs, modestes artisans,
Si petits que nous sommes,
Nous pouvons dire à tous, en relevant nos fronts :
Parlez, grands de la terre, et nous vous répondrons,
Car nous avons des hommes !

Lorsque Rome foulait l'univers sous ses pas,
Nos aïeux résistaient, et, seuls, ne craignaient pas
Sa terrible colère.
Contre eux un empereur leva son étendard.
Le pays se leva, fit reculer César,
Le maître de la terre.

Nos aïeux, au cœur franc, voulaient la liberté ;
Pour elle ils combattaient, et leur mâle fierté
Sut briser ses entraves.
Les chaînes, disaient-ils, n'ont point meurtri nos mains ;
Nous resterons debout ; et, jamais des Romains
Nous ne serons esclaves.

Ils sont restés debout, libres de tous liens.
Convertis par Hilaire, ils deviennent chrétiens,
Alors que la tempête,
Avec les Wisigoths, répandait la terreur,
Sapait la foi partout, de sa folle fureur,
Faisait courber la tête.

En vain, les protestants survinrent à leur tour.
Ils espéraient peut-être effacer, en un jour,
Nos titres catholiques.
Mais, dans notre Vendée, on soutint le combat ;
Pour défendre le Christ, chacun se fit soldat
Contre les hérétiques.

Quand le temple chrétien vit, aux sacrés autels,
S'asseoir, en blasphémant, des hommes criminels,
D'ignobles créatures,
Notre pays s'est fait l'aide du Tout-Puissant ;
Par milliers, nos martyrs ont répandu leur sang
Pour laver ces injures.

Quand d'infâmes bourreaux, foulant aux pieds les lois,
Assassinaient Louis, l'un des plus justes rois,
Pour voler sa couronne,
Nos ancêtres alors devinrent ses vengeurs,
Marchèrent frémissants contre les massacreurs
Et les briseurs de trône.

Pour le Christ et le roi, ce peuple respirait ;
Pour le Christ et le roi, notre peuple s'offrait
A Dieu comme victime.
A la Croix il voulait enlever un affront,
Et de la France aimée essuyer le beau front,
Souillé par un grand crime.

Cinq cent mille chrétiens sont tombés pour cela,
Heureux et triomphants, et leurs os gisent là,
Glorieux dans la tombe.
On se souviendra d'eux et de leur noble cœur.
Ces martyrs du bon droit auront, au front, l'honneur,
Qui jamais ne succombe.

En regardant ainsi, dans les siècles passés,
En voyant mes aïeux rayonnants et pressés,
Au sommet de la gloire,
Ne suis-je pas en droit de marcher le front haut,
De chanter leur valeur, de louer leur tombeau,
De bénir leur mémoire ?


Dom Joseph Roux, Souvenirs du bocage vendéen (1898)


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