jeudi 29 septembre 2011

1883 - Mort du Roi



Et factum est post obitum Judae emerserunt iniqui in omnibus finibus Israel.
« Après la mort de Judas, une foule de méchants parurent sur les frontières d'Israël. »
(I Mach., IX, 23.)


Roi des peuples, Seigneur, que veux-tu de la France ?
Combien de temps encor boirons-nous la souffrance ?
Quel sera l'avenir ?...
A tomber sans honneur faut-il donc nous résoudre ?...
Tout est sombre, et partout au ciel gronde la foudre...
Et tu le fis mourir ! !

A nos yeux attristés, le firmament se voile :
Pour nous conduire au port, nous n'avons plus d'étoile ;
J'entends les flots mugir ;
Et les vents, soulevés par l'ange des tempêtes,
Se préparent bientôt à passer sur nos têtes...
Et tu le fis mourir ! !

Et lui seul était là, dans sa force sublime ;
Seul, parmi les écueils, de sa main magnanime,
Il pouvait nous régir.
Lui seul pouvait, du doigt, à la France égarée
Montrer le vrai chemin et la route sacrée...
Et tu le fis mourir ! !

Cet homme, il comprenait ton auguste doctrine ;
Elle avait dans son cœur poussé forte racine ;
Il disait sans rougir :
Un roi, pour bien régner, dans ce temps difficile,
Doit respecter la croix et suivre l'Évangile...
Et tu le fis mourir ! !

En lui seul reposait l'espérance dernière,
Et l'on disait déjà : France, ouvre la paupière ;
Bientôt il va venir !
France, tu vas briser dans peu ta lourde chaîne,
Échapper au torrent qui te roule et t'entraîne...
Et tu le fis mourir ! !

Lui, le bon, lui, le saint, le véritable père,
Dont la France attendait un règne si prospère,
Lui, notre seul désir ;
Il aimait à jeter ces mots à la patrie :
Enfants, priez, priez, je vous rendrai le vie...
Et tu le fis mourir ! !

Qui pourra maintenant effacer notre honte,
Et barrer puissamment le déluge qui monte ?
Qui pourra nous guérir ?
Qui jamais donnera la paix et la justice,
Et nous fera monter du fond du précipice ?...
Car tu le fis mourir ! !

Mon Dieu ! je le sais bien, de l'abîme où nous sommes,
Tu n'as, pour nous tirer, besoin d'aucun des hommes,
Mais tu voulus punir
Ces esprits intrigants, ces âmes orgueilleuses,
Mêlant la nuit troublante aux clartés radieuses...
Et tu le fis mourir ! !

Ces cœurs ont fermé l'œil à la pleine lumière ;
Et quand il venait, lui, portant haut la bannière,
On les a vus rugir.
Alors tu les laissas dans leur orgueil coupable
Qui voulait appuyer la France sur le sable...
Et tu le fis mourir ! !

Mais de nous, ô Seigneur, de nous, enfants fidèles,
Pourquoi donc arracher des larmes si cruelles,
Et nous faire gémir ?
Tu me réponds ces mots : Pour vous et pour la France,
Je désirais au ciel augmenter sa puissance...
Et je l'ai fait mourir !...


Dom Joseph Roux, Souvenirs du bocage vendéen (1898)

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