mardi 27 janvier 2009 | By: Mickaelus

Louis XVI vu par les Editions Atlas

Afin de jauger quelque peu la façon dont la perception de nos rois et de la monarchie française évolue, en bien ou en mal, dans la France d'aujourd'hui, il existe plusieurs méthodes et approches, dont l'une, toute simple, peut consister à observer la teneur d'ouvrages de vulgarisation donc destinés au très grand public, tels que ceux que les Éditions Atlas publient depuis quelques mois sur les rois de France (voir le site internet de la collection) - rien que les titres de certains des premiers volumes laissent présager un traitement neutre sinon bienveillant : Louis XIV, Le Règne éblouissant ; Henri IV, Le Roi bienveillant. Au lendemain de l'anniversaire de l'assassinat de Louis XVI le 21 janvier, il m'a paru intéressant de donner en quelques lignes un avis (non exhaustif car concentré sur quelques aspects qui m'ont intéressé) sur le volume le concernant, intitulé Louis XVI, Un Roi dans la tourmente, ladite tourmente révolutionnaire étant la période la plus controversée de notre histoire.


Ce petit ouvrage de vulgarisation me paraît remplir sa mission dans une large mesure, d'autant qu'il prend en considération les avancées de la connaissance du règne de Louis XVI par les historiens : par conséquent il tient compte de sa relative réhabilitation. Louis XVI y est décrit comme un roi bienveillant qui veut le bonheur de son peuple et qui tient à en être aimé, et sont montrées quelques-unes des causes qui l'ont empêché de réformer le royaume, ce qui était nécessaire dans certains domaines à cause de l'état des finances. Tout d'abord l'éducation politique du roi a fait défaut, car son grand-père Louis XV n'a pas jugé bon de le former et de l'associer au pouvoir de son vivant comme il aurait fallu (on est loin des leçons politiques vécues puis reçues par Louis XIV dans sa jeunesse) - même s'il a reçu une formation intellectuelle tout à fait solide (ce dont il témoignera en s'intéressant aux sciences et à la géographie, aux travaux des Montgolfier ou en organisant lui-même l'expédition La Pérouse). Le décès prématuré à dix ans de son frère aîné, le duc de Bourgogne, qui faisait lui preuve de plus d'assurance et d'autorité, n'arrangera pas la tendance qu'avait le Dauphin à être plus réservé et introverti. Au début du règne, c'est l'inexpérience qui lui fera commettre deux erreurs majeures, ainsi le rappel des Parlements (concentration des privilégiés jaloux du pouvoir royal) puis la participation à la guerre d'indépendance américaine, qui ruinera un peu plus le royaume (l'ouvrage rapporte que Louis XVI reconnaîtra lui-même qu'on a abusé de sa jeunesse alors). Ces mêmes Parlements s'opposeront aux réformes fiscales tentées par plusieurs ministres célèbres de Louis XVI, tels Turgot pour le plus hardi ou encore Necker, et tout cela conduira à la convocation de États Généraux dont nous connaissons les suites funestes. Le peuple n'a malheureusement pas compris que la volonté du roi était une réforme fiscale dans le cadre de la monarchie absolue, et la Révolution a terminé de manière tragique l'opposition entre aristocratie et pouvoir royal. C'est là l'occasion de souligner quelques approximations du livre : les réformes fiscales, contrairement à ce qui y est dit plus ou moins clairement, ne nécessitaient aucunement de proclamer une monarchie constitutionnelle et de placer le pouvoir royal sous tutelle, ni de proclamer les droits de l'homme : cela n'a absolument rien à voir, d'autant que les revendications premières de 1789 ne touchaient pas à l'institution monarchique.