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samedi 2 avril 2016 | By: Mickaelus

Louis de Bourbon, duc d'Anjou : Ostension de la Sainte Tunique du Christ

"La Sainte Tunique du Christ, confiée au IXème siècle par Charlemagne à sa fille Théodrade, demeure depuis douze siècles à Argenteuil et depuis cent cinquante ans dans la basilique construite spécialement pour la recevoir.
 
À l’occasion de ce 150ème anniversaire, du 50ème anniversaire du diocèse de Pontoise et de l’Année Sainte de la Miséricorde, S.Exc. Monseigneur Stanislas Lalanne, évêque de Pontoise, a souhaité qu’une Ostention de la Sainte Tunique soit organisée du 25 mars au 10 avril. La Sainte Tunique sera présentée, dépliée dans un antique reliquaire, au cœur de la Basilique.
 
M. l’abbé Guy-Emmanuel Cariot, recteur de la Basilique Saint-Denys d’Argenteuil, a invité Mgr le duc d’Anjou à venir « à la suite de ses ancêtres, de Louis VII à Louis XIII, vénérer à son tour la Sainte Tunique ».

Une messe pour la France sera célébrée à 19h00 par S. Exc. Monseigneur Luc Ravel, évêque aux Armées.

La vénération de la Sainte Tunique aura lieu à l’issue de la messe, soit vers 20h15."


 

Secrétariat de Monseigneur le Duc d'Anjou


"J’ai souhaité, à l’occasion de cette ostension exceptionnelle, pouvoir vénérer à mon tour, la Sainte Tunique conservée dans la Basilique d’Argenteuil.

Depuis le recueil de cette insigne relique par Charlemagne qui l’a reçue de l’impératrice Irène de Constantinople, nombreux furent les rois de France, mes ancêtres, qui vinrent l’honorer. Les annales ont retenu notamment Louis VII dont le règne marque la première ostension dont on ait la trace ; saint Louis dont la dévotion était si grande qu’il acquit les reliques de la Passion et fit construire pour elles la Sainte-Chapelle ; François 1er sous le règne duquel eut lieu une grande procession réunissant la Couronne d’épines et la Sainte Tunique ; Henri III et Louis XIII vinrent aussi se recueillir, ainsi, qu’à la suite de Blanche de Castille, les reines Catherine et Marie de Médicis et Anne d’Autriche.

Au-delà de l’importance de la Sainte Tunique, relique permettant aux fidèles de renforcer leur foi en offrant à leur vénération un objet qui les relie directement au Christ, l’ostension suscite une communion comme peu d’événements en produisent.

Publique, elle permet à tout un peuple de s’associer dans une même prière. Il y a là un symbole très fort. Les ostensions permettaient à des dizaines de milliers, des centaines de milliers de Français, d’être réunis autour du souverain pour un acte commun.

Cette année ce seront entre deux cent cinquante mille et plus de un demi-million de personnes qui participeront à cette présentation solennelle. Quel symbole pour notre époque ! Un des événements majeurs de l’année sera religieux. Voilà qui remet bien des idées en place. Dans une société laïcisée dans laquelle d’aucuns voudraient n’attribuer à la religion qu’une dimension personnelle et individuelle, il est important de donner l’occasion d’exprimer leur foi et leurs convictions à de nombreux fidèles dans un esprit d’unité.

Plusieurs Évêques et Cardinaux, et il me plaît, tout particulièrement à cette occasion, de saluer Son Éminence le Cardinal Philippe Barbarin, Primat des Gaules, se succéderont durant ces deux semaines pour présider les cérémonies. La présence de tous renforce le caractère universel de l’ostension de 2016.

Il me paraissait important, à la fois comme chrétien et comme héritier des rois mes prédécesseurs, d’y participer dans le même élan de partage avec le plus grand nombre d’une foi commune dans laquelle la France puise son identité et sa grandeur.

La messe du 1er avril est célébrée par son Excellence Mgr Luc Ravel, Évêque aux Armées, aux intentions de la France. Dans ma position d’héritier de la dynastie qui a fait la France, j’ai tenu à m’y associer, souhaitant ainsi continuer à inscrire cette ostension de 2016 dans une tradition plus que millénaire.

Je remercie tout particulièrement Son Excellence Mgr Stanislas Lalanne, Évêque de Pontoise d’avoir pris l’initiative de permettre cette ostension exceptionnelle pour les cent cinquante ans de l’édification de la nouvelle basilique Saint-Denys, les cinquante ans de la création du diocèse du Val d’Oise et l’année de la Miséricorde. J’associe à mes remerciements l’ensemble des équipes paroissiales si dévouées. Enfin, j’adresse toutes mes félicitations au Père Cariot, recteur de la Basilique pour son rôle majeur dans l’organisation de ces cérémonies et la restauration exemplaire de la sainte relique.

Qu’en cette occasion, qui nous permet de toucher jusqu’au plus profond du mystère de notre foi catholique et de notre histoire de France, saint Louis et saint Denis intercèdent afin que la France poursuive sa mission, si essentielle pour toute l’humanité, de fille aînée de l’Église.

Louis, duc d’Anjou
1er avril 2016"




Pour en savoir un peu plus sur l'histoire de la Sainte Tunique du Christ et sur l'Ostension, je vous invite à vous rendre sur le site officiel, via ces rubriques notamment :

lundi 12 octobre 2015 | By: Mickaelus

Message de Mgr. le duc d'Anjou à propos des 500 ans du sacre de François Ier

 Secrétariat de Monseigneur le Duc d'Anjou
 
 
Message de Monseigneur le duc d’Anjou
pour la cérémonie organisée par l’Institut de la Maison de Bourbon et des
associations culturelles locales
le 3 octobre 2015 à Reims
à l’occasion du 5ème centenaire du Sacre de François 1er




 
Chers Amis,

1515-2015. Cinq siècles nous séparent de l’évènement que vous avez souhaité célébrer aujourd’hui : le sacre du roi François 1er. Il était nécessaire que cette commémoration ait lieu et je regrette de ne pouvoir être parmi vous en ce jour comme je l’avais prévu initialement.

Il me semble en effet qu’il est important de commémorer cet aspect laissé trop de côté au moment où de nombreuses villes de France ont, tout au long de l’année, organisé des cérémonies en l’honneur de l’avènement du grand monarque de la Renaissance.

Son règne a été marqué par des épisodes militaires glorieux même s’ils n’ont pas été toujours victorieux, par de nombreuses réformes à commencer par celle qui a fait de la langue française la langue officielle du royaume aux dépends et du latin et des parlers régionaux et aussi par un remarquable développement artistique propulsant la France au rang, jamais perdu depuis, des nations dont le nom même évoque la civilisation.

Mais derrière cela, fondement de toute l’œuvre du roi, il y a le sacre. Cette onction reçue à Reims confère au roi de France un pouvoir et un charisme que nul autre ne peut lui contester. La promesse du sacre fait que son pouvoir tout en étant pleinement humain a aussi une autre dimension d’un autre ordre. Dimension qui impose aux gouvernants des devoirs et qui a permis à la royauté française d’avoir été le modèle des régimes tempérés.

Merci aux organisateurs d’avoir donné l’occasion de le rappeler. Dans quelques mois j’espère revenir à Reims et nous pourrons évoquer de nouveau cet aspect de la royauté française dont la ville des Sacres demeure la gardienne. Merci aux différents responsables des associations des amis du Vieux Reims et des Amis de la Cathédrale.

Et tous mes remerciements chaleureux au Professeur Patrick Demouy qui, une nouvelle fois, fait partager son savoir qu’il sait transformer en passion lorsqu’il fait revivre l’histoire de France.


Louis, duc d’Anjou
 
 
mercredi 21 janvier 2015 | By: Mickaelus

Discours de Mgr le duc d'Anjou à la mémoire de Louis XVI et pour la France

Secrétariat de Monseigneur le Duc d'Anjou



Discours prononcé par Monseigneur le duc d'Anjou
Chef de la Maison de Bourbon
lors de la réception
du samedi 17 janvier 2015
suivant la messe célébrée à la mémoire de
Louis XVI et pour la France


Chers Amis,

Nous voici réunis une nouvelle fois autour de la mémoire de Louis XVI. Remercions le Père Augustin Pic d'avoir su, avec la hauteur du théologien, éclairer pour nous les aspects les plus profonds de sa personnalité de roi et de chrétien et en tirer les leçons applicables à nos vies quotidiennes.

Nous nous retrouvons chaque année à l'occasion de l'anniversaire de l'assassinat du roi, mais il n'est pas question pour autant de nous tourner simplement vers le passé avec nostalgie. Ceci serait contraire à la tradition royale que traduit la formule ancienne « le Roi est mort, vive le Roi ». Hymne à la vie, au progrès. Chaque roi, et Louis XVI en particulier s'est préoccupé de faire avancer la société, de l'adapter. Roi géographe, Louis XVI, a ouvert la France sur le monde ; épris de sciences humaines et politiques il avait compris que des réformes étaient nécessaires notamment en matière fiscale.

Voilà un roi qui n'aurait pas aimé notre société dont on dit souvent qu'elle est bloquée, qu'elle est désenchantée notamment pour les plus jeunes.
La Royauté était là pour ré-enchanter chaque génération. Saint-Louis si commémoré l'an dernier, tant en France qu'à l'étranger a fait bouger les structures qui par nature ont toujours tendance à se scléroser. Il a réformé la justice, les impôts, renouvelé l'exercice de la charité, favorisé la paix et la diplomatie s'éloignant des guerres féodales. Ainsi, huit siècles après sa mort, le siècle de Saint-Louis est objet d'admiration.

Cette année nos regards et notre réflexion se porteront vers François Ier et Louis XIV. Deux autres symboles d'une monarchie active ayant œuvré également pour les générations à venir. Ces exemples éclairent notre mission. En commémorant, nous appréhendons les ressorts de l'action des rois et leurs effets. Or il me semble qu'il est très important d'avoir cette vision prospective pour notre temps si inquiet et qui a des raisons de l'être. Ce sentiment j'ai l'impression qu'il est partagé par beaucoup. Je l'ai ressenti lors de mes derniers déplacements à Paris mais aussi en province, à Bouvines et à Aigues-Mortes ou encore dans le Missouri cet été. L'histoire et les commémorations servent de repères pour mieux guider notre action présente.

Ainsi lorsque je m'exprime sur tel ou tel événement du passé, bien évidemment j'honore une action d'hier d'autant plus que souvent elle s'est accompagnée du sacrifice de ceux qui y ont participé, mais chaque fois ma préoccupation est de savoir ce que cela apporte pour aujourd'hui, pour demain.
France qu'as-tu fait de ton histoire ?
Que peut-elle nous apprendre ?

Chacun peut voir les grandes différences entre les façons de faire contemporaines et la politique des rois. Ils étaient animés par une vision du long terme. Voir loin pour bien gouverner c'est-à-dire toujours se poser la question « avec ce que je fais aujourd'hui, dans quelque domaine que ce soit, quelles seront les conséquences pour demain ? » Notre société ne doit-elle pas s'interroger sur ses responsabilités et son rapport au temps ?

Ce souci du futur était associé à un profond sens de la justice, lié à ce don de l’Esprit Saint qui s’appelle la crainte de Dieu. De Saint-Louis à Louis XVI, tous les rois se sont posé la question des plus fragiles (les veuves, les orphelins, les enfants, les vieillards, les estropiés et les malades) et de leurs droits – de la naissance à la mort – afin qu’ils ne soient pas lésés. Ces questions ne sont-elles pas toujours d’actualité ? De cruelle actualité ?

Voilà à quoi servent les commémorations, à nous mettre en face des réalités du quotidien pour essayer de trouver des solutions. Le rappel des fondements de notre histoire peut nous y aider.

Voyez-vous si je tiens ces propos aujourd’hui, en cette période où il est traditionnel d’échanger des vœux c’est parce qu’il me semble que ce sont des vœux que nous pouvons tous formuler pour notre Chère France. Elle a besoin de retrouver les sources de sa pensée, de ce qui a fait sa grandeur et sa force : responsabilité dans l’action, justice pour tous, confiance, sens à donner à la société.

Avant moi, mes prédécesseurs, notamment mon grand-père et mon père, ont rappelé tout cela. Sans doute parlaient-ils trop tôt. Il me semble que ce langage est plus audible désormais. Le Saint-Père le tient. Les jeunes l’attendent. C’est à nous d’être les sentinelles de notre société et de lui apporter le fruit de l’expérience. A nous d’être des précurseurs. La récente actualité tragique nous y convie et comme le disait le Cardinal Vingt-Trois dimanche dernier « il ne faut jamais désespérer de la paix si l’on construit la justice ».

Ainsi je termine ces mots en vous demandant à tous de prendre aussi vos responsabilités dans tous les domaines où vous agissez, dans vos familles et dans la vie professionnelle ou associative. Nous ne courrons pas derrière une quelconque nostalgie mais nous souhaitons rendre notre monde meilleur. Tel est bien le message de dix siècles de monarchie. Toujours nous demander ce que la royauté pourrait apporter de neuf et de fort pour demain ! Telle est ma façon de voir.

Dans cet esprit, j’ai souhaité réorganiser les associations ayant pour objectif de mieux faire connaître l’histoire de la royauté française et de ses apports à la société. Il me semble qu’avec une seule association nous serons plus forts. Si l’autonomie des uns et des autres doit être préservée, l’unité dans la complémentarité est une nécessité. L’unité a toujours été au cœur de la pensée royale. Il fallait la retrouver.

J’ai aussi souhaité que les domaines de compétence soient mieux lisibles notamment vis-à-vis de l’extérieur. D’un côté avec l’Institut nous pouvons continuer la nécessaire œuvre culturelle et d’approfondissement des connaissances ; de l’autre avec mon secrétariat que j’ai voulu élargi, peut être menée une action plus ouverte, notamment sur les problèmes éthiques, sociaux et économiques auxquels la société est confrontée. Je continuerai ainsi mes déplacements en province et à l’étranger pour mieux comprendre les situations des uns et des autres et apporter le message d’espoir que peut représenter pour eux l’héritage de la monarchie française et des valeurs qu’elle véhicule.

J’espère tout au long de l’année vous retrouver nombreux, afin qu’ensemble, fidèles à la tradition nous sachions être des artisans du futur, voilà les vœux que je forme en ce début d’année, pour vous et vos familles et pour que la France, demeure fidèle à sa tradition de fille aînée de l’Église.

Merci de m’avoir écouté.


Source (ainsi que des photographies et une vidéo) : Institut de la Maison de Bourbon
lundi 25 août 2014 | By: Mickaelus

Louis de Bourbon, duc d'Anjou : "Pour les Chrétiens d'Orient, osons fêter la Saint Louis !"


En cette année de commémoration de la naissance du grand roi né en 1214, elle ne peut passer inaperçue, ni nous laisser indifférent car l'image du roi nous ramène immanquablement à la Terre Sainte qui a tenu une grande place dans sa vie de souverain, de souverain chrétien. Or huit siècles après, cette terre se trouve toujours en guerre, avec son lot de victimes et de drames vécus au quotidien par une des plus vieilles populations chrétiennes de la terre. Nous assistons à une véritable persécution qu'il faut dénoncer comme crime contre l'humanité. Les Chrétiens d'Irak, qui étaient 1,5 million il y a une trentaine d'années, sont moins de 400 000. Le combat est celui, une nouvelle fois, de David contre Goliath, des petits contre les géants. Mais les géants de nos jours sont armés puissamment et non moins puissamment fanatisés. Les moyens de résister sont faibles. Pourtant, ne faut-il pas tout faire pour que ces Chrétiens demeurent sur leur terre ? Ils y vivent depuis toujours, depuis le début de l'ère chrétienne, c'est-à-dire bien avant que l'Islam n'y soit venu.

Saint Louis, le saint de la justice, du bien commun et de la famille, est aussi celui d'un dialogue méditerranéen. S'il est plus que connu en France, où les cérémonies organisées à l'occasion du 8ème centenaire de sa naissance et de son baptême sont nombreuses, il l'est aussi de la Tunisie à l’Égypte, en passant par Chypre et il est encore largement honoré au Liban.

Saint Louis, le premier, accorda la protection de la France aux peuples chrétiens d'Orient. De François Ier à Napoléon III, tous les souverains honorèrent cette promesse. La République n'y fut pas insensible même si, parfois, sa position manque de vigueur. Toutefois, la voix de la France n'est plus aussi forte qu'auparavant et beaucoup de « bruits de fond » empêchent qu'elle soit bien audible. Ces peuples martyrs manquent de protecteurs.

Pourtant, la situation des Chrétiens d'Orient demande que l'on parle en leur nom. Le pape François l'a fait fermement et courageusement il y a quelques jours. Plusieurs évêques et cardinaux français sont partis sur le terrain et ont montré par l'exemple et la prière que les Chrétiens d'Occident, que les fils de saint Louis, étaient à leur côté. Mais cette présence, cette prière, doivent être soutenues et amplifiées. C'est à nous, nations chrétiennes dans un monde plus ou moins préservé, de rappeler qu'il y a des valeurs essentielles avec lesquelles les politiques ne peuvent transiger. Celles de la vie tout d'abord, de la vie respectée de la conception à la mort ; celles, ensuite, d'une société sachant s'élever au-dessus des seuls matérialismes et hédonismes, comme vient de le rappeler le pape François à Séoul ; celles, enfin, du respect mutuel entre croyants.

Le message chrétien, dont la France a longtemps été le porte-parole, est celui de la primauté du droit sur la force. La force du conquérant ne peut rien contre les droits de ceux qui ont toujours été là et qui se sont toujours reconnus comme chrétiens.

Cette présence chrétienne dans le cœur du Moyen-Orient, dans le berceau de la civilisation née en Mésopotamie, est une richesse pour toute l'humanité. Que serait celle-ci si l'uniformité régnait, si l'uniformité de la brutalité régnait ? Le message de saint Louis encourage à préserver cette richesse. Lui qui savait pardonner à ses ennemis, et a toujours mis toute son énergie en avant pour que la Chrétienté puisse vivre sur la Terre Sainte. C'est la vigueur de sa foi et de ses vertus de chrétien qui ont fait que, même prisonnier, ses ennemis l'ont estimé. C'est ainsi qu'il est saint et que, huit siècles après, il est toujours honoré.

Aîné des descendants de saint Louis, je lance donc un appel en faveur des Chrétiens du Moyen-Orient afin que la paix leur soit donnée, afin qu'ils puissent vivre sur leur terre et continuer à témoigner qu'au-delà de la violence des hommes, il y a place pour la charité, la justice, le droit. C'est cela la paix de Dieu. Le message, malgré les siècles, demeure. Le pape François le prêche partout dans le monde. Il appartient à tous les hommes de bonne volonté de diffuser et de faire vivre ces valeurs en redonnant du sens à leur vie. Pour les Chrétiens d'Orient, face aux persécutions et à l'exil forcé, il y a urgence. Telle est la prière que nous pouvons adresser à Dieu, par l'intercession de saint Louis en sa fête, le 25 août.

Louis, duc d'Anjou



jeudi 11 octobre 2012 | By: Mickaelus

Le chevalier Bayard - Pierre du Terrail

Statue de Ste-Anne-d'Auray

BAYARD (Pierre du Terrail, seigneur DE), surnommé le Chevalier sans peur et sans reproche, le seul peut-être de tous les héros du moyen âge dont la vie soit sans tache, et qu'on puisse louer sans aucune restriction. Simple, modeste, ami sincère, amant délicat, pieux, humain et magnanime, son âme réunit toutes les vertus ; et telle fut la perfection de cet illustre chevalier, que, sans le témoignage unanime des historiens contemporains, la postérité n'aurait peut-être vu en lui qu'un modèle chimérique et inimitable.

Statue de Grenoble

Il naquit, en 1476, d'Aymon du Terrail et d'Hélène des Allemans, au château de Bayard, dans la vallée de Graisivaudan, à six lieues de Grenoble. La maison du Terrail, l'une des plus anciennes du Dauphiné, était qualifiée de noble et ancienne chevalerie, d'écarlate de la noblesse. Le jeune Bayard, élevé sous les yeux de son oncle George du Terrail, évêque de Grenoble, puisa de bonne heure, à l'école de ce digne prélat, le germe des vertus qui devaient l'illustrer un jour. « Mon enfant, lui disait ce bon évêque, sois noble comme tes ancêtres, comme ton trisaïeul, qui fut tué aux pieds du roi Jean, à la bataille de Poitiers ; comme ton bisaïeul et ton aïeul, qui eurent le même sort, l'un à Azincourt, l'autre à Montlhéry ; et enfin, comme ton père, qui fut couvert d'honorables blessures en défendant la patrie. »


A peine Bayard eut-il atteint l'âge de treize ans, que, voué à la carrière des armes, l'évêque de Grenoble le présenta au duc de Savoie, allié de la France, qui l'admit au nombre de ses pages. Il faisait partie de son cortège, lorsque ce prince vint voir Charles VIII à Lyon. Charmé de l'adresse du jeune Bayard à manier un cheval, le roi de France le demanda au duc de Savoie, et le confia aux soins de Paul de Luxembourg, comte de Ligny. Ce seigneur le fit homme d'armes de sa compagnie, et lui témoigna le plus tendre intérêt. Les tournois furent pour le jeune Bayard les premiers champs d'honneur et de gloire. Dès lors on démêlait dans ses traits ce qu'il serait un jour.

Bataille de Fornoue - Eloi Firmin Feron 

Appelé à des combats plus sérieux, il suivit Charles VIII en Italie, fit à dix-huit ans, à la bataille de Fornoue, des prodiges de valeur, eut deux chevaux tués sous lui, et prit une enseigne qu'il présenta au roi. Vers le commencement du règne de Louis XII, il poursuivit avec tant d'acharnement les fuyards aux portes de Milan, qu'il entra avec eux dans la ville, et fut fait prisonnier. Ludovic Sforza eut la générosité de le renvoyer sans rançon, après lui avoir fait rendre ses armes et son cheval. Pendant le séjour des Français dans la Pouille, Bayard défit un parti espagnol, et fit lui-même prisonnier le capitaine don Alonzo de Soto-Mayor, qu'il traita généreusement ; mais non content de prendre la fuite, au mépris de sa parole, Soto-Mayor calomnia Bayard, qui, selon les mœurs du temps, l'appela en combat singulier : il tua son adversaire, et plusieurs auteurs font mention de sa victoire comme d'un prodige de force et d'adresse. Depuis, à l'exemple d'Horatius Coclès, Bayard défendit seul, contre les Espagnols, un pont sur le Garigliano, et sauva l'armée française, en retardant la marche de l'ennemi victorieux. « Comme un tigre eschappé, dit Théodore Godefroy, il s'accula à la barrière du pont, et à coups d'espée se défendit si très-bien, qu'ils ne savoient que dire, et ne cuidoient point que ce fût un homme, mais un déable. » Cette belle action lui mérita pour devise un porc-épic, avec ces mots, faits pour lui seul : Vires agminis unus habet. Bayard suivit ensuite Louis XII, lorsque ce prince marcha contre les Génois révoltés ; il fut chargé de l'attaque d'un fort dont la prise décida de la soumission de la ville de Gênes.

Bayard défend le pont du Garigliano - Philippoteaux

La ligue de Cambrai contre la république de Venise ayant rallumé la guerre d'Italie, l'armée française rencontra celle des Vénitiens près d'Agnadel, en 1509. Bayard était à l'arrière-garde, et, marchant à travers les marais pour prendre les ennemis en flanc, il les rompit, et détermina la victoire. S'étant signalé aussi devant Padoue, l'empereur Maximilien lui dit, en présence de toute l'armée : « le roi mon frère est bien heureux d'avoir un chevalier tel que vous ; je voudrais avoir une douzaine de vos pareils, et qu'il m'en coutât cent mille florins par an. » Bayard vint ensuite au secours du duc de Ferrare, contre Jules II, et forma le projet d'enlever le pape, qui, d'allié de la France, était devenu son ennemi le plus acharné. Le hasard fit tout échouer ; mais, non moins grand Fabricius, Bayard sauva la vie à Jules II, qu'un traître offrait d'empoisonner. L'âme noble du héros français eut horreur de la trahison, et, montrant l'indignation la plus vive au duc de Ferrare, qui opinait pour l'empoisonnement, il le menaça d'avertir le pape. Bayard, blessé grièvement à l'assaut de Brescia, est porté dans la maison d'un gentilhomme qui venait de prendre la fuite, laissant sa femme et ses deux filles exposées à la brutalité des soldats. La mère éplorée reçoit le guerrier mourant, et le conjure de sauver la vie et l'honneur de ses filles. Bayard la rassure, met sa maison à l'abri de toute insulte ; et, tandis que des ruisseaux de sang inondent la ville, que des soldats féroces se livrent à tous les excès du crime, l’asile de Bayard devient le séjour de la paix, la sauvegarde de l'innocence. Guéri de sa blessure, et près de rejoindre l'armée, il refuse 2500 ducats que cette famille reconnaissante lui offre pour rançon, et partage cette somme entre les deux jeunes beautés dont il a protégé la vertu ; il s'arrache, le cœur attendri, des bras de cette intéressante famille, qui le comble de bénédictions. La joie fut générale à l'arrivée de Bayard au camp de Gaston de Foix, devant Ravenne. Il opina pour la bataille, prit deux enseignes aux Espagnols, et poursuivit les fuyards : Gaston, l'espoir de la France, périt pour n'avoir pas suivi les conseils de Bayard.

La mort de Gaston de Foix - Arry Scheffer

Blessé de nouveau à la retraite de Pavie, où il était resté le dernier pour faire rompre le pont, il fut transporté à Grenoble, dans la demeure de ses pères, vingt-deux ans après l'avoir quittée. Sa vie y fut en danger. « Mon regret, disait-il, n'est pas de mourir, mais de mourir dans un lit comme une femme. » Il se rétablit, et ce fut dans ce même hiver que sa grande âme fit tourner à sa gloire jusqu'aux faiblesses inséparables de l'humanité. Bayard était enflammé du désir de posséder une jeune personne charmante : un suborneur se charge de la lui livrer ; la mère, avilie par la misère, met un prix à l'honneur de sa fille. L'innocente victime paraît devant Bayard, avec ce timide embarras qui rend la beauté plus touchante. A peine ose-t-elle lever sur lui ses yeux humides de larmes. « Quoi ! lui dit Bayard, est-ce pour pleurer que vous êtes venue ? – Hélas ! s'écrie-t-elle en se jetant à ses genoux, vous êtes le maître de mon sort... mais apprenez que je suis d'une famille noble, et ne déshonorez pas une victime de la misère ! » Ces paroles, entrecoupées de sanglots, rappellent Bayard à lui-même, et, pénétré d'un saint respect pour cette jeune vierge, qui fond en larmes à ses pieds, il devient le protecteur de son innocence, lui assure une dot, et réprimande sa mère, dont il devient aussi l'appui : « Je vous rends votre fille, lui dit-il, aussi pure que je l'ai reçue ; par le choix d'un époux digne d'elle, je veux qu'elle puisse se féliciter le reste de sa vie d'être restée vertueuse. » Ce trait, en plaçant Bayard à côté de Scipion, lui a fait appliquer ce que Tite-Live dit de ce héros de Rome, qui, à l'âge de vingt-six ans, remporta sur lui-même une semblable victoire : et juvenis, et coelebs, et victor.

La continence de Bayard - Durameau

Bayard goûtait les hommages de ses concitoyens, lorsque la guerre, rallumée par l'agression de Ferdinand le Catholique, dans la Navarre, l'appela au-delà des Pyrénées : il y déploya les mêmes talents et le même héroïsme qui l'avaient rendu si célèbre au-delà des Alpes. Les revers qui empoisonnèrent les dernières années de Louis XII, ne donnèrent peut-être que plus d'éclat à la gloire personnelle de Bayard. Ligué avec Ferdinand et l'empereur Maximilien, le roi d'Angleterre Henri VIII menaça la Picardie, en 1513, et mit le siège devant Thérouanne. L'armée française en vint aux mains à Guinegaste, et prit honteusement la fuite, sans qu'il fût possible aux chefs de la rallier. Bayard, désespéré, s'arrête sur un pont, et fait face à l'ennemi avec son intrépidité ordinaire ; mais, cédant au nombre, sa troupe va mettre bas les armes : Bayard, apercevant un officier anglais au pied d'un arbre, vole vers lui à cheval, et, lui mettant l'épée sur la gorge : « rends-toi, homme d'armes, lui dit-il, ou je te tue ! » L'officier lui remit son épée ; Bayard lui donne aussitôt la sienne, en lui disant : « vous voyez devant vous le capitaine Bayard, qui est aussi votre prisonnier. » Cette action ingénieuse et hardie fut rapportée à l'empereur et au roi d'Angleterre, qui décidèrent que Bayard ne devait point de rançon, et que les deux prisonniers étaient quittes mutuellement de leurs paroles. Les deux monarques accueillirent Bayard avec tous les égards qui étaient dus à un tel prisonnier, et le renvoyèrent comblé d'éloges. « Je crois, lui dit Henri VIII, que si tous les gentilshommes français étaient comme vous, le siège que j'ai mis devant Thérouanne serait bientôt levé. »

Parvenu au trône, François Ier envoya Bayard en Dauphiné, en qualité de lieutenant-général, pour ouvrir à son armée le chemin des Alpes et du Piémont. Prosper Colonne l'attendait au passage, et espérait le surprendre ; mais Bayard enleva lui-même ce général, et le fit prisonnier dans la ville de Carmagnole. Cette expédition brillante ne fut qu'un jeu pour Bayard, qui préludait ainsi à la fameuse journée de Marignan : il y fit des prodiges à côté de François Ier, et décida la victoire. On vit alors un spectacle digne de fixer les regards de tous les âges : un prince, vainqueur d'une nation redoutable, qui, rappelant les usages de l'ancienne chevalerie, voulut être armée chevalier de la main du plus brave, et qui fit choix de Bayard pour orner son diadème du gage de la valeur : « Bayard, mon amy, lui dit le monarque, je veux aujourd'huy soye fait chevalier par vos mains, parce que celui qui a combattu à pied et à cheval, entre tous autres, est tenu et réputé le plus digne chevalier. » Bayard s'excuse avec modestie : « faites mon vouloir et commandement, ajoute le roi. » Bayard obéit, et, frappant du plat de son épée sur le col du monarque à genoux : « Sire, dit-il, autant vaille que si c'étoit Roland ou Olivier, Godefroy ou Baudouin son frère ; certes, vous êtes le premier prince que onques fis chevalier. » Regardant ensuite son épée, et la baisant avec une joie ingénue : « Tu es bienheureuse, mon espée, d'avoir, à un si vertueux et si puissant roi, donné l'ordre de chevalerie... ! Ma bonne espée, tu seras moult bien comme relique gardée, et sur toutes autres honorée ! » Cette épée devint bientôt encore plus glorieuse et redoutable dans les mains de Bayard. Jamais la patrie n'en eut un besoin si pressant.

François Ier armé chevalier par Bayard - Ducis

A peine François Ier a-t-il vaincu au-dehors, qu'il a ses propres frontières à défendre. La Champagne est menacée par les forces de Charles Quint, réunies devant Mézières, faible boulevard contre tant d'ennemis. On propose au roi de brûler Mézières, et de dévaster toute la province. Ce conseil, inspiré par le désespoir et la crainte, fait frémir Bayard, qui dit au roi : « il n'y a point de places faibles où il y a des gens de cœur pour les défendre ! » Il se jette dans la ville, résolu de la sauver ou d'y périr. Les ennemis osent le sommer de se rendre : « avant de sortir de Mézières, répond Bayard, j'espère faire dans les fossés un pont de corps morts, sur lequel je puisse passer avec ma garnison. » Cent pièces d'artillerie tonnent alors contre les remparts. Une partie de la garnison, craignant d'être écrasée sous les ruines, prend la fuite par la brèche : « tant mieux, dit Bayard, ces lâches n'étaient pas dignes d'acquérir de la gloire avec nous. » La ruse acheva ce qu'avait commencé la bravoure. Bayard sema la discorde parmi les généraux ennemis qui levèrent le siège. Sans cette glorieuse résistance, Charles Quint aurait pu pénétrer au cœur du royaume. Bayard vint à Paris, et y fut reçu comme un libérateur. Le parlement lui fit une députation solennelle au nom de la nation ; le roi le nomma chevalier de l'ordre de Saint-Michel, et lui donna une compagnie de cent hommes d'armes à commander en son nom, honneur jusque-là réservé aux princes. Il serait difficile de peindre les transports qu'excita son retour dans la province qui l'avait vu naître : ses soins et ses libéralités firent cesser le fléau de la peste qu'il avait trouvé à Grenoble.

François Ier envoya Bayard à Gênes, soulevée de nouveau contre la France, et sa présence suffit pour réprimer les Génois. De retour à l'armée, il soumit la ville de Lodi ; mais bientôt la fortune changea, et ces mêmes armées françaises, jusqu'alors triomphantes, furent chassées de leurs conquêtes. L'amiral Bonnivet qui, par des mesures mal prises, avait fait battre Bayard à Rebec, près de Milan, lui remit ensuite le sort de l'armée, pour la sauver, ayant été blessé lui-même dans sa retraite. « Il est bien tard, répond Bayard, encore sensible à l'affaire de Rebec ; mais, n'importe, mon âme est à Dieu, et ma vie à l’État ; je vous promets de sauver l'armée aux dépens de mes jours. » Il s'agissait de passer, à la vue d'un ennemi supérieur en force, la rivière de la Sésia, entre Romagnano et Gattinara. Bayard, toujours le dernier pour soutenir la retraite, chargeait vigoureusement les Espagnols, lorsque, vers les dix heures du matin, le 30 avril 1524, une pierre, lancée d'un arquebuse à croc, vint le frapper au côté droit, et lui rompit l'épine du dos. « Jésus, mon Dieu, je suis mort ! » s'écrie Bayard. On court à lui pour le retirer de la mêlée : « non, dit-il, près de mourir, je me garderai bien de tourner le dos à l'ennemi pour la première fois. » Voyant approcher les Espagnols, il ranime sa voix mourante pour ordonner d'aller à la charge, et se fait placer au pied d'un arbre. « Mettez-moi, dit-il, de manière que mon visage regarde l'ennemi. » Ses derniers moments portent le caractère de cette simplicité héroïque et chrétienne qui distingue éminemment ce grand homme. Au défaut de croix, il baise la croix de son épée ; n'ayant point de prêtres, il se confesse à son écuyer ; il console ses domestiques, ses amis ; et, craignant qu'ils ne tombent au pouvoir des Espagnols, il les supplie de lui épargner ce surcroît de douleur. S'adressant au brave d'Allègre, il dépose dans son sein ses tendres adieux à son roi et à sa patrie. Les ennemis, maîtres du champ de bataille, viennent à leur tour auprès de lui, verser des larmes d'admiration et de regrets ; le marquis de Pescaire oublie sa victoire pour accourir à son secours ; teint du sang des Français, le connétable de Bourbon s'attendrit à la vue de ce héros expirant : « ce n'est pas moi qu'il faut plaindre, lui dit Bayard, mais vous, qui combattez contre votre roi et contre votre patrie ! » Peu de minutes après avoir proféré ces belles paroles, il expira, à l'âge de quarante-huit ans. Son corps resta au pouvoir des ennemis, qui le firent embaumer, et lui rendirent les plus grands honneurs. On le transporta ensuite à Grenoble, à travers les états du duc de Savoie, qui lui fit rendre les mêmes honneurs funèbres qu'aux princes de son sang. La consternation fut générale dans toute la France : jamais deuil ne fut plus sincère ; la mort de Bayard était devenue une calamité publique. François Ier en marqua les plus vifs regrets. Il sentit encore plus vivement cette perte après la bataille de Pavie. « Ah ! Chevalier Bayard, dit-il, en se voyant au pouvoir des ennemis, que vous me faites grande faute ! je ne serois pas ici ! » Les restes de ce grand homme furent inhumés à une demi-lieue de Grenoble, dans une église des Minimes, bâtie par un de ses oncles, évêque de cette ville. Son mausolée n'est autre chose qu'un buste, au bas duquel on lit une épitaphe latine. Henri IV ordonna qu'on en érigeât un autre, qui répondit à la gloire du héros ; mais ce projet est resté sans exécution.


Bayard mourut pauvre, et ne laissa qu'une fille naturelle, dont sa famille prit soin. La générosité et le désintéressement étaient ses deux vertus dominantes. Après la victoire, il distribuait tout le butin à ses soldats, et partageait entre eux la rançon des prisonniers qu'il avait faits de sa main. Un officier, envoyé pour le seconder dans un coup de main dont Bayard seul avait eu tout l'honneur, réclama la moitié des quinze mille ducats qui avaient été enlevés. Bayard soutint ses droits, et le conseil de guerre jugea en sa faveur. Il entend son camarade regretter amèrement la fortune qui lui échappe, et se fait apporter les quinze mille ducats. « Voilà de belles dragées, dit-il avec sa gaieté ordinaire ; je vois bien qu'elles vous tentent ; eh bien ! puisqu'il vous faut de l'or, recevez-en des mains de votre ami. » Il lui donne la moitié de la somme, et distribue le reste aux soldats. Dans une autre occasion, des révoltés vont se jeter aux genoux du général en chef, pour implorer sa clémence, et lui présentent trois cents marcs de vaisselle d'argent. Celui-ci les donne à Bayard : « que le ciel me préserve, répond l'illustre chevalier, de laisser entrer chez moi ce qui vient des traîtres ! Cela me porterait malheur. » Il n'accepte ce riche présent que pour le distribuer à ceux qui l'entourent. Toujours fidèle à la patrie, Bayard refusa des places éminentes et lucratives, sous des monarques étrangers. En vain Jules II, après l'affaire du Garigliano, lui fit proposer d'être généralissime de ses troupes ; en vain Henri VIII espéra l'attirer à lui, à force de louanges et de promesses : « je n'ai, dit Bayard, qu'un maître au ciel, qui est Dieu, et un maître sur la terre, qui est le roi de France ; je n'en servirai jamais d'autres. » Né avec des inclinations libres et généreuses, Bayard fut étranger à la souplesse des cours et aux artifices de la politique ; aussi n'a-t-il jamais commandé les armées en chef. Ce fut un malheur réel pour la France, et une faute de François Ier, qui accorda plus à la faveur qu'au mérite. Si celui qui joignait la prudence à la valeur, la sagesse à l'intrépidité, l'amour de la patrie à l'amour de ses devoirs ; qui, soigneux et vigilant, fertile en ressources, également propre à la défensive et à l'offensive ; ferme dans les périls, tranquille au milieu des orages, incapable de céder à l'ennemi et de plier sous le nombre ; qu'on suivait dans les camps pour apprendre de lui l'art de la guerre, dont la présence rassurait toute une armée et y répandait la joie ; qui était à la fois l'oracle des conseils, l'âme et le bras des généraux, la terreur des ennemis, le bouclier et l'épée de l’État ; si un tel homme, enfin, ne fut jamais général d'armée, il fut, sans doute, le plus digne de l'être.

La vie de cet illustre chevalier a été écrite d'abord par son secrétaire, sous le nom du Loyal serviteur, Paris, 1527, in-4°. ; réimprimée avec des notes de Théodore Godefroy, Paris, 1616, 1619, in-4°. ; idem, avec un supplément par le président Claude Expilly, et de nouvelles notes par Louis Vidal, pseudonyme du président de Boissieu, Grenoble, 1651, in-4°. Lazare Bocquillot, prieur de Lonval, la remit en langage moderne, Paris, 1702, in-12 ; enfin, Guyard de Berville nous a donné la mieux écrite et la plus intéressante, Paris, 1760, 1766, 1768, in-12, réimprimée un grand nombre de fois. On en trouve encore une agréable dans le tom. IX des Vies des hommes illustres de France, par d'Auvigny. Etienne Pasquier, dans ses Recherches sur la France, a consacré au chevalier Bayard les chapitres 18, 19, 20, 21 et 22 de son 6e livre. Les Vies qu'en ont donné Symphorien Champier, Paris, 1525, in-4°, et Aimar, Lyon, 1699, in-12, ne sont que des romans. Les traits les plus saillants du caractère de Bayard et les principaux événements de sa vie ont été assez habilement placés, par le poète du Belloi, dans la tragédie de Gaston et Bayard.

Biographie universelle de Michaud - Beauchamp
vendredi 13 novembre 2009 | By: Mickaelus

Remontrance au peuple français, de son devoir en ce temps envers la majesté du Roi (1559), par Guillaume Des Autels


S'il m'advient derechef, France, comme autrefois,
Que d'un vers lamentable, et d'une molle voix
Pour néant je te veuille assourdir les oreilles,
Chantant les passions, et douleurs nonpareilles
D'un cœur brûlé d'Amour, qu'un jeune souci point :
Je suis content que lors tu ne m'écoutes point.
Si par une affectée, et douce mignardise
Flattant tes mœurs, le vice en vertu je déguise :
Et traître à ton honneur, je te veuille inviter
A ce que je te dois conseiller d'éviter :
Si après un Timon par audace maline
Je mords le nom d'autrui d'une dent Theonine,
Envieux au travail des plus gentils esprits :
Refuse-moi l'honneur d'oeillader mes écrits.

Mais puisque maintenant pour ton seul bien je veille :
Et que ton seul devoir, FRANCE, je te conseille :
Je te prie, mon pays, de ne me débouter :
Mais, ô mon cher pays, je te prie m'écouter.
Ne te fais point accroire être cas peu honnête,
De prêter ton oreille à la voix d'un Poète :
Car les Poètes sont favorisés des Cieux :
Et aux hommes d'en bas sont truchements des Dieux.
Des Poètes jadis l'antique sapience
Mit entre le public et privé différence,
Le profane et sacré d'ensemble divisa,
Du mariage feint première l'avisa,
La licence rompit des vagabondes noces,
Assembla les cités, bâtit les villes grosses,
Elle prophétisa, elle fit dans le bois
Dans la pierre, et l'airain graver les saintes lois.
Le Thracien Orphée apaisa les courages
Par ses vers admirés, des hommes lors sauvages,
Il les fit hors des bois par son doux prêchement
Ensemble tous d'accord vivre civilement.
C'est la raison pourquoi l'on dit les forêts mêmes,
L'avoir suivi au son de ses divins poèmes :
Et avoir adouci le Tigre, et le Lion.
Voilà pourquoi aussi l'on a dit, qu'Amphion
Par le son de sa lyre, et par prière humaine
Les pierres assembla de la ville thébaine.
Mais jadis les vaillants Lacédémoniens
Surent à votre dam, peuples mycéniens,
Combien peut le Poète, et quel courage baille
Un bon vers aux soldats le jour d'une bataille.
Or sus donc, mon pays, sus donc, écoute-moi,
Apprends combien tu es redoutable à ton Roi.

Si un Scythe barbare, et plein de félonie,
Étendait jusqu'ici sa fière tyrannie
(Que détournent les Dieux de l'empire gaulois)
Si faudrait-il pourtant obéir à ses lois
Le servir, l'adorer, offrir à sa requête
Non seulement les biens, mais encore la tête :
Là, malgré nous, faudrait notre vouloir ranger
De subir l'appétit d'un vilain étranger :
Mais il ne plaît à Dieu : notre bon Dieu nous aime :
Qui en FRANCE régner ne fait qu'un Français même.
Le Roi que nous avons est fils de ces Rois-là
Que nos pères ont eus : le Royaume qu'il a
Ses aïeux l'ont tenu : et toutes les richesses,
O peuple, que tu as, viennent de leurs largesses :
Ils ont pour ta sûreté enceint de toutes parts
Tes villes de fossés, de murs, et de remparts :
Tu as d'eux tous tes ports, tes temples, tes collèges,
Toutes tes libertés, et tous tes privilèges.
Et si te peux vanter, FRANCE, que tu n'es pas
Gouvernée par Rois descendus d'un lieu bas,
Et de la terre enfants, car au monde il ne reste
Plus des enfants des Dieux et leur race céleste,
Que nos Princes issus du sang hectorien,
Mêlé jadis en Gaule au sang herculéen :
Race toujours des Dieux très chèrement aimée,
Et du saint nom de Christ très chrétienne nommée :
Qui a eu la faveur d'avoir, du don des cieux,
Les saintes fleurs de lys, et l'onguent précieux
Qui oint tes Rois sacrés, le pouvoir admirable
De rendre guérison à un mal incurable
Par le seul attoucher de leur mains, et encor
L'effroi des Sarrasins, l'enseigne aux flammes d'or.

Qui s'osera vanter de tous les Rois étranges,
D'avoir vu en sa cour ambassades des anges ?
Par lesquels du haut ciel, Sa sainte maison, Dieu
A transmis ses présents jusques en ce bas lieu :
Pour au monde montrer, que c'est Lui qui a cure
De l'empire de Gaule, et veut que plus il dure
Que ces vieux renommés, soit des Assyriens,
Des Mèdes, des Persans, des Macédoniens,
Et de ceux qui encore aujourd'hui veulent dire
Que pour le moins le nom leur reste d'un empire.
Le tiens FRANCE est dernier, et le plus florissant :
Car ainsi que tu vois en ton fatal croissant
Deux cornes plus en plus étendre sa lumière,
Tant qu'il se soit parfait en sa rondeur entière :
Un semblable cours a le règne des Gaulois,
Qui l'Espagnol menace, et menace l'Anglais,
De deux cornes, l'une est en l'Océan baignée,
L'autre heurte le front du grand mont Pyrénées :
Son mi-rond tient depuis le rivage marin
Ce que Garonne lave, et la Seine, et le Rhin,
Défia bien élargi aux fertiles campagnes,
Que l'on laboure au pied des chenues montagnes :
Ou au peuple togé l'antique nom revient,
Qui depuis Rubicon jusqu'aux Alpes se tient :
Et va toujours croissant, tant que sa forme ronde
Embrasse entièrement tout l'empire du monde.

Or ne pense point, FRANCE, être mieux fortunés
Ceux, qui sont autrement que par Rois gouvernés :
Soit que du peuple y soit la tourbe autorisée,
Par laquelle est toujours la raison méprisée :
Ou que le pouvoir soit aux mains des grands seigneurs
L'un sur l'autre envieux des biens et des honneurs :
Enfin telle commune est toujours ruinée
Non par autre que soi contre soi mutinée :
Tu l'as bien effrayé, peuple cecropien,
Et la race d'Enée en témoignerait bien.

La Royauté n'est point seulement la plus belle
Forme de gouverner, mais seule est naturelle.
Un seul Dieu le premier tout ce monde conduit :
Un seul Soleil au ciel sur tous les astres luit :
Le cœur en notre corps tous les membres adresse :
Et la seule raison en notre âme est maîtresse.
Vois les mouches à miel (si l'on peut par raison
Faire d'un petit fait une grande comparaison)
Comme elles ont un Roi, qui de sa gent petite
Est craint et obéi autant qu'un Roi d'Égypte,
Que le Sophi de Perse, ou le Seigneur qui prend
Au monde maintenant seul le titre de grand,
Toutes il les gouverne, et garde leur ouvrage :
Toutes lui font honneur révérence et hommage,
L'accompagnent partout, le portent bien souvent,
Pour le garder des coups se mettent au devant
Quant elles font la guerre : et par plaie cruelle
En servant à leur Roi, cherchent une mort belle.

Ainsi, FRANCE, tu as envers ton chef Royal
Toujours eu jusqu'ici le courage loyal :
Et de tes Princes a fait croître la puissance
Par ton fidèle amour, et ton obéissance.
Aussi de leurs travaux la gloire leur suffit :
Toujours ils t'ont laissé pour ta part le profit :
Soit qu'outre l'Apennin, et les Alpes chenues,
Ils aient déployé leurs enseignes connues :
Soit que delà le Rhin leur armée ait esté :
Soit que le saint pays ils aient conquesté,
Ou la divine voix fut ouïe, et non crue,
Et où d'Euphrate l'eau et de Jourdain est bue :
Qu'ils aient chassé ceux de l'île d'Albion,
Jusqu'aux dernières fins du froid Septentrion :
Soit qu'en la terre, où gît la chaste Parthénope,
Ils aient commandé : ou que passant l'Europe
Devers Soleil couchant, ils aient fait le gain
Par faits chevaleresques du pays africain.
Ou que des Espagnols, les bandes obstinées
Ils aient repoussé delà leurs Pyrénées :
Tes Princes seulement ont été triomphants,
La dépouille a été à toi et tes Enfants.
Et quand leurs ennemis tenus coi par la crainte,
Ce sont faits quelquefois amis (amis par feinte)
Et pour n'avoir moyen de la guerre à propos,
T'ont, ô FRANCE, laissé jouir d'un doux repos :
Mon Dieu quel soin ont pris nos débonnaires Princes
De chasser pauvreté de toutes leurs provinces !
Les nobles ils ont fait monter aux grands honneurs,
Les faisant en leurs cours et pays gouverneurs,
De leurs rentes ils ont enrichi les églises,
Ils ont ouvert le cours à toutes marchandises,
Ils ont aux magistrats choisi les plus savants,
Les pauvres gens sans nom de leur travail vivant
Ils ont pris en leur garde : et t'ont donné, ô FRANCE,
Remplie de tous biens la corne d'Abondance.

Ici par moi Francus ne te sera loué,
Ni Pharamond aussi, Clovis, ni Mérovée,
Ni tous ces bons vieux Rois, dont nous n'avons mémoire
Sinon par le rapport que nous en fait l'histoire :
Ailleurs de leur honneur mes vers seront ouïs,
Des huit Charles encore, et des douze Louis :
Mais de ce grand François la clémence royale,
Avec la majesté aux plus grands Dieux égale,
Qui en l'amour de toi surmonta ses aïeux,
Encor représenter se peut devant tes yeux.
HENRI non seulement au sceptre lui succède :
Mais à la vertu sainte : et en tous deux l'excède.
Tu sais que de son règne, à son avènement,
La tranquille Paix fut l'heureux commencement :
Et combien qu'il connut que la sanglante guerre
Devait de son renom emplir toute la terre,
Et qu'en l'oisif repos son honneur flétrissait :
Toutefois, pour ton bien, la Paix il chérissait :
Ou connaître l'on peut, que ce qui plus lui plaise,
C'est la tranquillité de ses peuples, et l'aise.
Mais cependant qu'il est de ton repos ami :
L'audace vaine croît au cœur de l'ennemi :
Qui, possible, d'avoir affaire se présume
A un Sardanapale endormi en la plume.
Comme un matin voyant un sanglier dans le bois,
Qu'il prend pour autre porc, l'irrite avec abois :
Et s'attachant à lui de légères offenses,
Ne prend pas mal quand garde aux terribles défenses :
Mais pense qu'il ne sait rien sinon se coucher
Paresseux en la fange, et de la gland mâcher.
Le sanglier âpre à voir lors sa colère émue,
Enrage de combattre avec sa dent crochue,
Sa blanche dent, laquelle il aiguise, et qui sort
Bien avant hors la bouche, et qui porte la mort :
Il a tout écumeux le groin, et de malice
Sur le col et le dos tout le poil lui hérisse :
Au feu resplendissant semblent ses ardents yeux :
Puis courbe, et de travers se rue audacieux
Sur le chien ja fendu : qui finissant sa vie,
Par un tard repentir accuse sa folie.
Ainsi nos ennemis voyant que notre Roi
Les armes dédaignait : et pour l'amour de toi
Paisible, et seulement soigneux de la justice,
Et de mœurs, et de lois, reformait ta police :
D'un conseil imprudent, ont irrité le cœur
D'un Roi, qui de tous Rois doit être le vainqueur :
Dont ils ont rapporté à la fin de leur compte
La tarde repentance, et la perte et la honte.
Parme, La Mirandole, et Sienne, et plus loin
Ton Tibre même, Rome, en servent de témoin :
Témoin en soit le Rhin et l'Allemagne toute
Qui en mer ni en terre autre Roi ne redoute :
J'en appelle à témoin le bon peuple écossois :
(Le peuple maintenant du jeune Roi FRANÇOIS)
Le Milannais sait bien combien grande est sa force :
Si fait le Genevois déchassé hors de Corse :
En Flandre ne sera jamais anéanti
Ni de Mariembourg l'honneur, ni de Renty :
Metz pris et défendu, et Calais notre ville
Française derechef, et Guine, et Thionville
Témoignent son honneur. Il est vrai qu'il a pris,
Peuple, il a pris égard à tes larmoyants cris :
Qui lui ont fait lâcher hors des mains sa victoire,
Et couper le chemin à sa plus grande gloire :
Pour ramener la paix que tu désires tant,
Mettre fin à tes maux, et te rendre content.
Ce grand Charles lequel la doctrine, et sagesse,
La grandeur de la race, et du cœur la hautesse,
L'admirable éloquence, et le sacré chapeau,
Et toutes vertus font un miracle nouveau,
Tel que nous confessons jamais n'avoir pu être
Jusqu'ici, et jamais après ne pouvoir naître :
C'est lui, que notre Roi a voulu envoyer
Couronné d'un Rameau du paisible olivier,
Consentir à la paix qu'on lui a demandée :
Tant ton utilité lui est recommandée.
Et du Roi le fidèle Achate y est aussi,
De FRANCE le Nestor, le preux Montmorency,
Auquel faire ne peut la fortune décroître
La vertu, ni l'honneur, ni l'amour de son maître.
Quelle condition peuple (comme tu sais)
A refusé ton Roi, pour te donner la Paix ?
Combien a-t-il voulu, pour à tes vœux complaire,
Quitter de son bon droit ? que n'a-t-il voulu faire ?

Si quelques peuples sont (ayant les yeux bandés
D'une présomption) si fort outrecuidés :
Qu'ils méprisent le bien de cette heure opportune,
Pour se recommander aux vents de la fortune :
(Combien qu'un bon espoir soit encore avec nous,
Que PHILIPPE s'il est, comme on dit, sage et doux,
Connaîtra qu'il ne peut avoir une alliance
Digne de sa grandeur, en autre lieu qu'en France :
Et si l'occasion il laisse ore échapper
Pour néant par derrière la voudra-t-il happer.)
Si l'Anglais fier (te dis-je) ou autre, ne machine,
FRANCE, que te détruire, et rien que ta ruine,
Rien que son indigence assouvir de tes biens,
Rien qu'arroser la terre avec le sang des tiens,
Et faire, par l'ardeur des flammes enragées,
En cendre convertir tes villes saccagées :
Peuple s'il te vaut mieux attendre lâchement
La malheureuse fin d'un tel événement :
Que d'aller au devant, et lui porter en face
A lui-même, le mal duquel il te menace.
Le mal que recevra celui, qui obstiné
Te voudra faire guerre : ainsi est destiné :
C'est un arrêt fatal, et trop seront légères,
Pour y contrevenir, les forces étrangères :
Si tu n'y contreviens toi-même, en refusant
Ton devoir à toi-même, à toi-même nuisant.
Peuple tu dois penser, qu'un si grief soin ne pique
Notre bon Roi sinon pour ton profit public :
S'il n'avait autre soin que de son seul plaisir,
Sans peine il le pourrait, tout à son gré, choisir :
Il ne lui faudrait point, sous un harnois brûlant,
Souffrir la griève ardeur d'un été trop bouillant :
Ni d'un trop âpre hiver sentir la griève injure :
Mais, ô FRANCE, l'ennui, tout l'ennui qu'il endure,
FRANCE, tout est pour toi, comme d'un cher enfant
Le père a si grand soin : que plus il le défend
Et que son propre corps, et que sa propre vie :
Et pour le secourir ses affaires oublie :
Ainsi un Roi, un Roi, FRANCE, tel que le tien,
De son peuple a souci plutôt que de son bien :
Car en se faisant Roi, il charge ses épaules,
Ainsi qu'Atlas du ciel, de tous le soin de Gaule.
Tu as, FRANCE, tu as encore les moyens
Pour tenir contre tous, tu es riche de biens :
Craindras-tu maintenant pour ton Roi les dépendre ?
Que dis-je pour ton Roi ? mais bien pour te défendre ?
Et qu'en ferait le Roi qui seul en eût besoin ?
L'ardente affection que tu as, et le soin
De sa grandeur, te peut inciter le courage,
A ne craindre pour lui ni la mort, ni dommage.
Encor est avec toi ce Duc victorieux
Duquel l'honneur luisant et le nom glorieux
Les siècles à venir ne verront point éteindre :
Et lequel étant sauf, il ne te faut rien craindre,
Ce grand Prince Lorrain. Et puis en tes dangers
Et princes tu auras, et peuples étrangers
Plus prêts à ton secours, que toi à la requête :
Il faut que seulement ta volonté soit prête.
Mais en faut-il douter ? Ja les trompettes j'oy
Et tambourins sonner, ja reluire je voys
Les armes, et harnois, mon Dieu que d'étendards
Je vois ja déployés ! mon Dieu que de soudards !
Hé quelle infanterie, hé quels braves gendarmes,
Tous à combattre prêts, tous requièrent les armes.
Ce grand Roi persan, qui d'hommes assembla
Tant et tant de milliers, et sous lequel trembla
Toute la terre, alors qu'il effraya la Grèce,
N'avait point si bel ost que celui qui se dresse :
Mais je loue sur toutes les bonnes volontés
Des peuples que je vois venir de tous côtés
Offrir et vie et biens à la grandeur royale.
Or tant que tu seras, ma FRANCE, si loyale
Dieu toujours t'aidera : car à Dieu tout-puissant
Rien n'est qui plaise plus, qu'un peuple obéissant,
Et qui envers son Prince est de loyal courage :
Le très-bon très-grand Dieu rien ne hait davantage
Qu'un peuple déloyal aux Princes : car le lieu
Ils nous tiennent, et sont comme images de Dieu.
Par ce moyen tu peux la douce paix acquerre :
Et par ce seul moyen chasser dehors la guerre.
Quand l'ennemi saura quel bon devoir tu fais,
Lui-même nous tendra le vert rameau de Paix :
Sachant que nulle force a pouvoir d'effroyer
Un peuple si loyal qui sait bien guerroyer.
Alors tu recevras l'heureuse récompense
De ton Prince, qui prend mieux garde qu'on ne pense
Au bon vouloir des siens, et sait bien regarder
Qui prompt à son service a voulu moins tarder.
Encor le Roi Dauphin duquel si grand sagesse
Ressemble à un prodige en si tendre jeunesse,
De ce bon vouloir tien, toujours se souviendra
Et un jour à tes fils au double le rendra.


Note : j'ai modernisé l'orthographe, tout en conservant la ponctuation et un peu du vocabulaire original, inconnu en français moderne, notamment par fidélité à certains rythmes et à certaines rimes.


Guillaume Des Autels, Remonstrance au peuple françoys de son devoir en ce temps envers la majesté du roy (1559)

mardi 8 janvier 2008 | By: Mickaelus

Prosopopée de Louis de Ronsard, par son fils

Louis de Ronsard, père du fameux poète, est mort en 1544 et a combattu pour la France sous Charles VIII, Louis XII et François Ier, notamment pendant les guerres d'Italie aux côtés de Bayard. Dans cette prosopopée, il visite son fils en esprit pour lui donner des recommandations qui sont utiles à tout catholique et à tout honnête homme.



XVI
PROSOPOPÉE DE LOUIS DE RONSARD
SON PERE


Vous qui sans foi errés à l'aventure,
Vous qui tenés la secte d'Epicure,
Amandés vous, pour Dieu ne croyés pas
Que l'ame meure avecques le trespas.
La nuit hastait la moitié de sa course
Et mi-courbé le gardien de l'Ourse
Viroit son char d'un assés petit tour,
Au rond du Pole, en attendant le jour,
Quand j'aperçeu sur mon lit une image
Gresle, sans ôs, qui l'œil, et le visage,
Le cors, la taille, et la parole avoit
De feu mon pere a l'heure qu'il vivoit :
En me poussant, trois fois elle me touche,
La retouchant, s'en vola de ma couche
Loin, par trois fois, et par trois fois revint :
A la parfin plus afreuse me print
La gauche main, et foulant ma poitrine
Me dit ces mots tous remplis de doctrine :
"Mon cher enfant, par le congé de Dieu
Je suis d'enhaut descendue en ce lieu
Pour t'enseigner quel chemin tu dois suivre
En ce bas monde, et comme tu dois vivre,
Comme tu dois plein d'amour et de foi
Venir un jour au ciel avecques moi.
Premierement crain Dieu sur toute chose,
Aye tousjours dedans ton ame enclose,
Sa saincte loi, et toujours JESUSCHRIT,
Nostre Sauveur, en ton cœur soit ecrit.
Apres, mon fils, autant comme toimesme
Ardentement aime ton cher proëme,
Car Dieu le veut, et ne te ry de lui,
Si par malheur lui survient quelque ennui.
D'un serment vain le nom de Dieu ne jure,
Fuy le larcin, abstien toi de luxure,
Ne soi meurdrier, ne soi point glorieus,
Sois humble à tous, porte honneur au plus vieus
En jugement pour gain, ou pour dommage,
Ou pour rancueur ne di faus temoinage.
Ne soie point d'avarice entaché,
Fui les gloutons, fui du vin le peché,
Ne soi menteur, n'use de flaterie,
N'use, malin, d'aucune tromperie
Vers l'Innocent, et soie toujours veu
Croire en la foi que tes peres ont creu.
Mais par sur tout, obeis à ton Prince,
Et n'enfrain point les loix de ta Province,
Soi dous, et sage, et ne sois avancé
De dire à tous ce que tu as pensé,
Ains temporise, et toujours te conseille
Aus gens de bien, et leur preste l'oreille.
Vivant ainsi, tu seras bien heureus,
Riche d'honneurs, et de biens plantureus,
Et, mort, ton ame en la vie eternelle
Se viendra joindre à la mienne, et à celle
De ton feus oncle, et de ta mere aussi,
Qui voit du ciel la peine et le souci
Qui te tourmente, et fait à Dieu priere
Pour ton grand bien de ne t'y lésser guere."
Et par trois fois je la voulu presser,
La cherissant, mais la nueuse idole,
Fraudant mes dois, ainsi que vent s'en vole,
Trois fois touchée, et de peur estonné
M'a dans le lit tout seul abandonné.

Pierre de Ronsard,
Le Bocage (1554)

samedi 5 janvier 2008 | By: Mickaelus

Epitaphe d'Hugues Salel, par Ronsard

Hugues Salel (1504-1553) est un poète français qui, comme le laisse entendre l'épitaphe qui suit, a eu les faveurs de François Ier - il a été son valet de chambre - et a composé à sa demande une traduction de l'Iliade (qui restera inachevée). Il mourra retiré dans l'abbaye de Saint-Cheron, donnée par François Ier, après être entré en défaveur sous Henri II.



XIII
EPITAFE DE HUGUES SALEL


Les rochers Capharés (où l'embusche traitresse
De Nauple fit noyer la flotte dompteresse
Du mur Neptunien, quand l'ireuse Palas
Destourna son courrous d'Ilion sus Ajax)
Te devoient faire sage, et te devoient aprendre
Salel, à plus n'oser le sang troyen espandre,
Et ne rensanglanter tes vers au sang des filz
De tant de puissans Dieus à Troye desconfitz.
Non pour autre raison aveuglé fut Homere,
Que pour avoir de neuf refraichi la misere
Des malheureus Troyens, et pour avoir encor,
Par ses vers retrainé la charongne d'Hector,
Pour avoir renavré la mole Cyprienne,
Pour avoir ressouillé la poudre Phrygienne
Au sang de Sarpedon, et pour avoir laissé
Encor Mars ressaigner, de sa plume blessé.
A toi, ainsi qu'à lui, les Dieus ont eu envie,
Qui favorisoient Troye, et t'ont coupé la vie
Au meillieu de tes ans, de peur qu'une autre fois
Hector ne fût r'occis par les vers d'un François.
Mais bien que mort tu sois au plus verd de ton age,
Si as tu pour confort gaigné cest avantage,
D'estre mort riche poete, et d'avoir par labeur
Le premier d'un grand Roi merité la faveur :
Qui chassa loing de toi la pauvreté moleste
A la troupe des Sœurs, dont la race celeste
Peut leur sert aujourdui, que cliquetans des dens
Que d'un pâle estomach affamé par dedans,
Que d'un œil enfoncé, que toutes desolées
De fain, parmi les bois n'errent eschevelées.
FRANCOIS, le premier Roi des vertus, et du nom,
Prenant à gré d'ouir l'Atride Agamenon
Parler en son langage, et par toi les gensdarmes
De Priam, son ayeul, faire bruire leurs armes
D'un murmure françois, Prince sus tous humain,
Te fit sentir les biens de sa Royale main,
Et le fit à bon droict, comme à l'un de sa France
Qui des premiers chassa le Monstre d'Ignorance
Et de qui le sçavoir avoit bien merité
D'être d'un si grand Roi si doucement traicté.
Ainsi toi bienheureus, si Poete heureus se treuve,
Plus dispos, et plus gay, tu traversas le fleuve,
Qui n'est point repassable, et t'en allas joyeux
Rencontrer ton Homere es chams delicieus,
Où sur des bancs herbus ces vieus Peres s'assisent
Et sans soing, de l'amour parmi les fleurs devisent
Au giron de leur dame : un se couche à l'envers
Sous un myrte esgaré, l'autre chante des vers,
L'un luitte sur le sable, et l'autre à l'escart saute
Et fait bondir la bale, où l'herbe est la moins haute.
Là, Orphée habillé d'un long sourpelis blanc
Contre quelque Laurier se repousant le flanc
Tient sa lyre cornüe, et d'une douce aubade
En rond parmi les prés fait dancer la brigade.
Là, les terres sans art portent de leur bon gré
L'heureuse Panacée, et le rosier pourpré
Fleurit entre les lis, et sur les rives franches
Naissent les beaux oeilletz, et les Paqrettes blanches.
Là, sans jamais cesser, jargonnent les oiseaux
Ore dans un bocage, et ores pres des eaus,
Et en tout saison avec Flore y souspire
D'un souspir eternel le gracieus Zephire.
Là, comme ici n'a lieu fortune ny destin,
Et le soir comme ici ne court vers le matin,
Le matin vers le soir, et comme ici la rage
D'acquerir des honneurs ne ronge leur courage.
Là, le bœuf laboureur, d'un col morne et lassé
Ne reporte au logis le coutre renversé,
Et là le marinier d'avirons n'importune
Chargé de lingos d'or, l'eschine de Neptune,
Mais oisifz dans les prez tousjours boivent du ciel
Le Nectar qui distille, et se paissent de miel.
Là, bienheureux Salel (ayant à la nature
Payé ce que luy doit chacune creature)
Tu vis franc de la mort, et du cruel soucy
Tu te moques là bas, qui nous tormente ici :
Et moi chetif, je vy ! et je traine ma vie
Entre mille douleurs, que la bourrelle Envie
Me suscite à grand tort, de pincemens cuisans
Me faisant le joüét d'un tas de mesdisans
Qui dechirent mon nom, et ma gloire naissante
(Dieus destournés ce mal !) par leur langue mechante.
Ah France, ingrate France, et fault-il recevoir
Tant de derisions, pour faire son devoir ?
Envoye de là bas (mon Salel) je te prie
Pour leur punition quelque horrible Furie,
Qui d'un foüét retors de serpens furieux
Leur frape sans repos et la bouche et les yeux,
Et d'un long repentir leur tourne dedans l'ame
Ici mon innocence, et là le meschant blasme
Qu'ilz commettent vers moy, et frayeur leur donnant
La nuict, de mille horreurs les aille espoinçonnant.
Et toi, Pere vangeur de la simple innocence,
Si j'ay d'un cœur devot suivy des mon enfance
Tes filles, les neuf Sœurs, si je suis coustumier
Tousjours mettre ton nom dans mes vers le premier,
Tonne là hault pour moy, et dardant la tempeste
Escarboille en cent lieus le cerveau de leur teste,
Signe de ta faveur, et ne laisse outrager
Si miserablement les tiens, sans les vanger.

Pierre de Ronsard, Le Bocage (1554)

jeudi 20 décembre 2007 | By: Mickaelus

Epitaphe d'Albert de Ripa, par Ronsard

Albert de Ripa, mort vers 1551, était un musicien italien qui fut au service de deux rois de France, à savoir François Ier puis son fils Henri II.

XI
EPITAFE D'ALBERT,
JOÜEUR DE LUC DU ROI



ENTREPARLEURS : LE PASSANT, ET LE PRESTRE

Pa. Qu'oi-je dans ce tombeau resonner ? Pre. une lyre.
Pa. N'est ce pas celle là qui peut si bien redire
Les chansons d'Apollon, que flatés de sa vois
Tiroit, racine et tous les Rochiers et les bois ?
Et pres de Pierie, ainsi qu'une ceinture
En un rond les serroit sur la pleine verdure ?
Pre. Ce n'est pas celle là. Pa. E laquelle est ce donc ?
Pre. C'est celle là d'Albert, que Phebus au poil blond
Aprist des le berceau, et lui donna la harpe,
Et le Luc le meilleur qu'il mist onc en écharpe,
Si bien qu'apres sa mort son Luc mesmes enclôs
Dedans sa tombe, encor sonne contre ses ôs.
Pa. Je suis esmerveillé que sa lyre premiere
En son art ne flechit la Parque sa meurtriere ?
Pre. Point n'en faut s'ebahir, Orfée qui fut bien
Enfant de Calliope, et du Dieu Cynthien,
Ne la sceut onc flechir, et pour la fois seconde,
D'où plus il ne revint, alla voir l'autre monde.
Pa. Quelle mort le tua ? Pre. Une pierre qui vint
Lui boucher la vecie, et le conduit lui print
En celle part, où l'eau par son canal chemine,
Et tout d'un coup boucha sa vie et son urine.
Pa. Je suis tout esbahi que lui qui flechissoit
Les pierres de son Luc, ne se l'amolissoit.
Pre. Aussi fit il long tans, car durant sa jeunesse
Que ses dois remüoyent d'une agile souplesse,
Et qu'il touchoit le Luc plus viste et mieus à point,
Toujours elle estoit mole, et ne roidissoit point,
Mais quand il devint vieil, et que sa main pesante
S'engourdit sur le Luc à demi languissante,
La pierre d'un cousté dure à ses chans estoit,
Et de l'autre cousté toujours mole restoit,
Comme on voit le coural dessous la mer s'espendre
Endurci d'un cousté, de l'autre cousté tendre.
Cerbere à son passer tient ses gousiers fermés,
Et les Manes des mors par l'oreille charmés,
Oublioient leur travaus, Titye sur la pleine
Aus vautours estendu en oublia sa peine,
Flegyas l'oublia, Sisyfe ne sentoit
Le vain labeur du roc, la roüe s'absentoit
Des membres d'Ixion, et les Sœurs Beleides
Ce jour là tout entier n'eurent leurs cruches vuides,
Et Tantale au meillieu de son troisieme ennui
D'un gousier mal jouieus rit en despit de lui,
Et les horribles Sœurs beantes se dresserent,
Et tomber à leurs piés leurs grans torches laisserent.
Mais quel proufit nous esse, et puis que ceus d'abas
En ont tout le plaisir, et nous ne l'avons pas ?
Or toi quiconque sois, jette lui mile branches
De Laurier sur sa tombe, et mile roses franches,
Et le laisse dormir, et pense qu'aujourd'hui,
Ou peut estre demain, tu seras comme lui.

Pierre de Ronsard, Le Bocage (1554)

vendredi 7 septembre 2007 | By: Mickaelus

L'entrevue du camp du Drap d'or entre François Ier et Henri VIII chantée par Clément Marot

C'est à partir du 7 juin 1520, entre Guines et Ardres (villages proches de la Picardie, française, et de Calais, ville anglaise), que se déroule la fameuse entrevue du camp du Drap d'or entre le roi de France, François Ier, et le roi d'Angleterre, Henri VIII, le premier cherchant à s'allier avec le second contre son ennemi Charles Quint. Malgré la magnificence dont firent preuve les deux souverains, l'alliance n'eut pas lieu, le cardinal Wolsey, ministre du roi d'Angleterre, étant déjà en pourparlers avec Charles Quint (peut-être faut-il citer l'anecdote selon laquelle lors d'un combat amical à main nues entre les souverains François Ier l'emporta avec une aisance humiliante pour Henri VIII). Clément Marot, alors dans la suite de la sœur du roi de France, la duchesse d'Alençon (la future Marguerite de Navarre), chante dans cette ballade et ce rondeau cette entrevue qu'il espère utile à la France et à la paix.


Auguste Debay, L'entrevue du camp du drap d'or. 7 juin 1520


Ballade VIII

Du triomphe d'Ardres, et Guines fait par les rois de France, et d'Angleterre.

Au camp des rois les plus beaux de ce monde
Sont arrivés trois riches étendards :
Amour tient l'un de couleur blanche et monde,
Triomphe l'autre avecques ses soudards,
Vivement peint de couleur célestine :
Beauté après en sa main noble et digne
Porte le tiers, teint de vermeille sorte.
Ainsi chacun richement se comporte,
Et en tel ordre et pompe primeraine
Sont venus voir la royale cohorte
Amour, Triomphe, et Beauté souveraine.

En ces beaux lieux plus tôt que vol d'aronde
Vient celle amour des célestines parts,
Et en apporte une vive, et claire onde,
Dont elle éteint les fureurs du dieu Mars :
Avecques France, Angleterre enlumine,
Disant : "Il faut qu'en ce camp je domine" :
Puis à son vueil fait bon gué à la porte,
Pour empêcher, que Discorde n'apporte
La pomme d'or, dont vint guerre inhumaine :
Aussi afin que seulement en sorte
Amour, Triomphe, et Beauté souveraine.

Pas ne convient, que ma plume se fonde
A rédiger du Triomphe les arcs,
Car de si grands en hautesse profonde
N'en firent onc les belliqueurs Césars.
Que dirai plus ? richesse tant insigne
A tous humains bien démontre et désigne
Des deux partis la puissance très forte.
Bref, il n'est coeur qui ne se réconforte
En ce pays, plus qu'en mer la Sereine,
De voir régner (après rancune morte)
Amour, Triomphe, et Beauté souveraine.

Envoi.

De la beauté des hommes me déporte :
Et quant à celle aux dames, je rapporte
Qu'en ce monceau laide serait Hélène.
Parquoi conclus, que cette terre porte
Amour, Triomphe, et Beauté souveraine.

Clément Marot, L'Adolescence clémentine (1532)

***

Rondeau XXXII

De la vue des Rois de France, et d'Angleterre entre Ardres, et Guines.

De deux grands Rois la noblesse, et puissance
Vue en ce lieu nous donne connaissance
Que amitié prend courage du lion
Pour ruer jus vieille rébellion,
Et mettre sus de Paix l'éjouissance.

Soit en beauté, savoir, et contenance,
Les Anciens n'ont point de souvenance
D'avoir onc vu si grand perfection
De deux grands Rois.

Et le festin, la pompe, et l'assistance
Surpasse en bien le triomphe, et prestance
Qui fut jadis sur le mont Pélion.
Car de là vint la guerre d'Ilion :
Mais de ceci vient Paix, et alliance
De deux grands Rois.

Clément Marot, L'Adolescence clémentine (1532)