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jeudi 12 juin 2014 | By: Mickaelus

Louis de Bourbon, duc d'Anjou : du martyre de Louis XVII & de la sainteté de Louis IX

À 19h00, à l’occasion du 10e anniversaire de la dépose du cœur de Louis XVII à la basilique St-Denis, une messe votive de saint Louis était célébrée pour le jeune roi par S. Exc. Mgr Jean-Louis Bruguès, archiviste et bibliothécaire de la Sainte Église romaine, en l’église Sainte-Élisabeth de Hongrie, en présence de Mgr le Prince Louis, duc d’Anjou.

À 20h30, une gerbe était déposée à l’emplacement de la Tour du Temple, où décéda Louis XVII, le 12 juin 1795.

Après ce dépôt, un dîner, organisé par l’Institut Duc d'Anjou, rassemblait de nombreuses personnes autour du Prince, de Mgr Bruguès et de M. l’abbé Xavier Snoëk, curé de Sainte-Élisabeth de Hongrie.


Alexandre Kucharski, Louis Charles de France - Louis XVII


"À l'issue de ces deux cérémonies, vous avez souhaité que soit organisé un dîner pour terminer cette journée par une rencontre amicale, soyez-en remerciés. C'est une nouvelle occasion de me retrouver parmi vous tous, fidèles qui m'entourez depuis de si longues années et nous sommes très honorés que Monseigneur Bruguès ait pu se joindre à nous.

Je salue nos amis venus d'Amérique, où je serai au mois d'août pour commémorer saint Louis et la création de la ville de Saint-Louis du Missouri, il y a 250 ans par le roi Louis XV.

La soirée que nous vivons est solennelle puisque nous nous retrouvons autour du souvenir de saint Louis et de Louis XVII. Le Saint, roi à 12 ans et l'enfant roi, Martyr à 10 ans. Quel symbole ! L'un et l'autre, brutalement sortis de l'enfance et confrontés au meilleur et au pire.

Avec saint Louis, dont est commémoré cette année, un peu partout en France et dans le monde, le 8e centenaire de la naissance, nous comprenons mieux ce qu'apporte à la royauté la religion vécue jusqu'à la sainteté. Elle a permis à Louis IX d'accomplir sa tâche de souverain en mettant toujours en avant les principes évangéliques que lui avait inculqués sa mère, Blanche de Castille. Être le roi de la justice ; celui de la paix entre les grandes principautés féodales ; celui de la protection des petits et des faibles ; enfin, celui de la charité qui s'est traduite par ses préoccupations sociales en œuvrant autant pour créer des hôpitaux que pour assurer aux veuves et aux orphelins des moyens de subsistance. Son souvenir est tel que, huit siècles après, il demeure un modèle honoré dans de nombreuses villes comme j'ai pu le constater tant à Poissy qu'à Aigues-Mortes ou à Paris, alors que ce sont des dizaines de villes qui ont programmé des commémorations cette année.

Avec Louis XVII, nous plongeons dans un autre versant de la nature humaine, celle de la face honteuse d'une humanité qui a perdu tout sens des valeurs au point de laisser mourir un enfant de 10 ans dont le seul crime était d'être un fils de roi et son successeur légitime.

Mais, malheureusement, si Louis XVII reste un symbole de l'enfance sacrifiée, ne faut-il pas reconnaître que son sacrifice n'a, à vue humaine, rien changé. L'actualité montre que les enfants sont toujours les innocentes victimes de la folie, de l'égoïsme ou de la perversion des adultes. Des enfants-soldats aux victimes des actes pédophiles, les enfants martyrs se comptent en milliers, en millions comme si bien souvent les adultes faisaient payer aux plus petits et aux plus faibles leur propre incapacité à agir pour le bien commun.

L'exact opposé du message multi-séculaire de saint Louis !
Alors comment ne pas être amené à réfléchir ?
Y a-t-il un lien entre ce passé et notre avenir ?

Il est dans la question des valeurs. Quelle société voulons-nous ? Cette question est celle de chacun d'entre nous. La question de la crise morale, que nos sociétés traversent, est souvent évoquée en France, mais aussi dans d'autres pays européens et notamment par le Saint-Père. Cette crise morale est celle de la perte de sens de nos sociétés. Nous avons su être à la pointe des progrès technologiques et scientifiques. Nous savons aller sur Mars ; nous pouvons voir l'infiniment petit. Les découvertes médicales nous étonnent chaque jour un peu plus. L'homme est capable de grandes choses ! C'est la face saint Louis, Bouvines, Francois1er, Louis XV et Louis XVI...

Et pourtant, notre société est confrontée au doute, au désenchantement qui frappe les plus jeunes, au découragement qui frappe les plus âgés.

La différence se trouve dans le sens que nous donnons à la vie, à toute la vie. Dès qu'on la détourne du Bien commun et des devoirs que chacun a vis-à-vis de ses prochains et de ceux qui le suivront, la société tombe dans tous les pièges et dans tous les excès. Telle est la rançon des époques qui perdent le sens des valeurs. Souvenons-nous, en effet, que le martyre de Louis XVII ne fut pas un acte isolé - une erreur de l'histoire - mais qu'il accompagna le génocide des 500 000 Vendéens, les prisons de la Terreur et les nombreux guillotinés, et qu'il précéda les guerres qui firent plus d'un million de victimes et laissèrent la France exsangue. Spirale du malheur !

Que voulons-nous pour demain !

Telle est la question que tous les rois se sont toujours posée. Quel est notre devoir, le vôtre, comme le mien ? Quelle est notre mission ? Pourquoi maintenons-nous une tradition ? En un mot, quel sens donnons-nous à la royauté en ce XXIe siècle ?

Je le dis souvent, il ne s'agit pas de regretter quelque époque passée qui, quoique nous fassions, ne reviendra pas. Il convient d'aller vers l'avenir. D'aider à le construire comme le roi Louis IX l'a fait.

C'est ce que l'on attend de toutes les royautés. En Europe, c'est le régime de nombreux États et pour certains, nous savons combien il est important. Dans les pays qui l'ont abandonné, les crises succèdent aux crises et surtout, les peuples payent un lourd tribut comme en Iran, en Lybie, en Afghanistan. En 1989, lorsqu'il s'est agi de faire la transition entre le régime communiste et le monde libéral, plusieurs États avaient pensé à restaurer les antiques maisons royales, en Hongrie, en Roumanie, en Bulgarie. Il est sans doute regrettable que cela n'ait pas été réalisé, la transition aurait sans doute été facilitée. Les rois ont l'avantage de pouvoir symboliser leur pays, à travers toutes ses diversités et chacun peut s'y rattacher comme dans une famille tous les membres partagent les mêmes ancêtres.

Mon devoir est donc de maintenir la flamme de l'espoir. Mais j'ai besoin, autour de moi, de personnes qui s'engagent, de jeunes et de moins jeunes qui ne soient pas des nostalgiques, mais qui aient envie de changer la société pour la faire progresser. C'est tous ensemble que nous réussirons.

Alors, voyez-vous, si je dis cela, aujourd'hui parmi vous, c'est parce que souvent m'est posée la question sur ce que je fais. Il est vrai qu'il n'est pas simple d'être l'héritier de la tradition royale française et l'héritier de la tradition de saint Louis. Cet héritage, je l'assume. J'essaie d'appliquer dans ma vie familiale et professionnelle ces principes fondateurs. J'aimerais faire mieux pour l'enfance malheureuse en particulier et dans d'autres domaines aussi. Avec tous et notamment ceux de ma génération, prenons des initiatives. Tel est le devoir de l'héritier des Bourbons, de l'aîné des Capétiens.

Merci.

Louis, duc d'Anjou."


 
vendredi 16 octobre 2009 | By: Mickaelus

Le crime du seize octobre ou les fantômes de Marly, par M. Lafont d'Aussonne

Monument poétique et historique, élevé à la mémoire de Marie-Antoinette d'Autriche, Reine de France, et du jeune Roi son fils. Par M. Lafont d'Aussonne, auteur de l'Histoire de Mme de Maintenon, et de La cour de Louis XIV.

Eugène Bataille ; Adolf Ulrich Wertmuller, Marie-Antoinette d'Autriche,
reine de France, et ses enfants



Élégie dédiée aux princes de l'Europe

Vox quoque per lucos vulgo exaudita silentes.
Virgile


Une vive clarté, semblable à une aurore boréale, ayant paru, deux années de suite, sur les bois de Marly, après la mort de la Reine, les habitants de ces campagnes attristées se persuadèrent aisément que l'âme de leur Bienfaitrice venait leur demander des prières.

***

Est-il vrai, répondez, Nymphes de ces vallées,
Est-il vrai que la Veuve et la Mère d'un Roi,
Sous les pompeux débris de vos sombres allées,
Se montre et reparaît, sans y causer d'effroi ?

Est-il vrai que le jour où sa tête charmante
Roula, parmi les cris de lâches assassins,
Est le jour que choisit son Ombre gémissante
Pour visiter ces lieux, et pleurer ses destins ?

Les pasteurs, répandus sur vos monts solitaires,
Ont redit ce prodige aux voyageurs surpris.
Nymphes, admettez-moi ; dans vos sacrés mystères :
D'un auguste bienfait mes vers seront le prix.

Une Nymphe, à ces mots, soulevant le feuillage,
Me découvre un sentier, qu'elle indique à mes pas.
Elle fuit ; et, de l'œil, me montre un sarcophage,
Où sont unis un sceptre et la faux du trépas.

Sur ce marbre ignoré, des platanes antiques
Balancent une voûte impénétrable au jour ;
Et des pâles jasmins les vapeurs balsamiques
Parfument cette enceinte et les bois d'alentour.

« Ami des morts, me crie une voix sépulcrale,
« Tes vœux sont exaucés. J'y consens. Tu verras
« Celle qui, toujours grande, et jamais inégale,
« Tandis que tout changeait, seule ne changea pas.

« Le mensonge inhumain poursuivit sa mémoire,
« Et lui dispute encor des cœurs mal affermis.
« Mais le Temps, qui sait tout, va livrer à l'histoire
« Les noms et le secret de ses fiers ennemis.

« Non loin de ces gazons, que sa tombe décore,
« Et qui virent les jours de sa prospérité,
« La Reine apparaîtra. Mais l'aspect de l'aurore
« Dissipera soudain ce Fantôme agité.

« Garde-toi de troubler, par un zèle coupable,
« Le doux recueillement qui plaît tant à son cœur ;
« Garde-toi d'irriter une ombre lamentable,
« Et d'appeler sur toi le regard du malheur. »

L'Oracle avait parlé....... Tout à coup, des nuages
Lugubres et sanglants viennent frapper mes yeux ;
J'entends au loin ce bruit précurseur des orages ;
Et la nuit, de son crêpe, enveloppe les cieux.

L'aquilon , du couchant accourt avec furie.
Les chênes des forêts s'agitent dans les airs.
La tempête mugit, s'étend, se multiplie ;
Et l'horizon s'allume aux feux de mille éclairs.

La foudre éclate, vole....... O dieux ! votre puissance
Vient-elle anéantir un monde corrompu ?.....
Épargnez, s'il se peut, le toit de l'innocence,
Et l'humble mausolée offert à la vertu.

L'horizon s'éclaircit. La lune décroissante
Réfléchit dans les eaux son front calme et serein ;
Elles oiseaux, trompés à sa lueur mourante,
S'apprêtent à chanter le retour du matin.

Minuit sonne. Au signal de l'airain pacifique,
Je sens mon cœur ému. Je frémis. J'aperçois
Comme un point lumineux, une clarté magique
S'avancer et grandir, venant du fond des bois.

Le Fantôme, à pas lents, suit la verte colline.
Je distingue bientôt son regard, ses attraits ;
Je vois, je reconnais cette fierté divine,
Et cette grâce, enfin, le plus beau de ses traits.

ANTOINETTE, à la fleur de sa jeunesse aimable,
Brillait, comme Cypris, au milieu de sa cour :
Sa beauté, maintenant, est douce, inconsolable ;
Commande le respect et dédaigne l'amour.

Mais, quel objet, d'abord, échappait à ma vue ?
Quel est ce jeune enfant qui marche à ses côtés ?
Ses charmes, sa langueur, sa figure ingénue,
Tout révèle un grand Nom, et des adversités.

La Reine le soutient d'une main caressante.
Comme elle, il est vêtu des ornements du deuil...
Cet enfant serait-il la victime étonnante
Que réclame à la fois le monde et le cercueil ?

C'est lui-même. Écoutons parler sa noble Mère ;
Écoutons les accents de sa touchante voix :
« O déplorable Fils d'un trop malheureux Père !
« Sa mort, son échafaud vous mit au rang des rois.

« Votre règne orageux a passé comme l'ombre :
« Vous n'avez succédé qu'à nos cruels revers.
« Et, tué lentement dans un dédale sombre,
« Vous avez disparu de ce triste univers.

« Semblable à ces soleils que l'automne brumeuse
« Sous un ciel obscurci laisse à peine entrevoir,
« Et qui, bientôt, rendus à la nuit ténébreuse,
« Faibles dès le matin, meurent avant le soir.

« Dans les cachots, témoins de ma longue souffrance,
« Je formais votre cœur, j'aidais votre raison ;
« Je vous disais souvent : « Pour régner sur la France,
« Soyez prudent, mon fils, et surtout soyez bon.

« Lorsque vous penserez à ce séjour d'alarmes,
« Pleurez sur nos douleurs, et ne les vengez pas :
« Nourri dans l'amertume, arrosé de nos larmes,
« Que la seule clémence ait pour vous des appas.

« Le peuple, à nos bontés, un jour, rendant hommage,
« Maudira les fureurs qui déchirent son sein ;
« Et la France, attendrie en contemplant votre âge,
« Peut-être chérira son Monarque orphelin.

« Mais, de ces vains honneurs, qu'un abîme environne,
« Le ciel compatissant voulut vous affranchir
« Qui pourra souhaiter un sceptre, une couronne,
« Quand on saura les maux qu'ils nous ont fait souffrir !

« Aux plus noirs attentats je pouvais me soustraire :
« Je pouvais m'élancer vers les Rois protecteurs.
« Mais où porter mes pas !... J'étais épouse et mère :
« Je ne pus séparer mon sort de vos malheurs.

« Loin de vous, de ma fille , et d'une sœur chérie,
« Condamnée à répondre à des juges pervers,
« On me vit abaissée, et non pas avilie :
« Reine jusqu'à la fin, j'étonnai l'univers.

« La victime, autrefois, donnée en sacrifice,
« Couverte de festons arrivait aux autels :
« La fille des Césars est traînée au supplice
« Sous l'habit, sur le char des plus vils criminels !

« O Thérèse, ô ma Mère, ô Reine magnanime !
« Tu connus, comme moi, les caprices du sort ;
« Mais, défiant, du moins, la fortune et le crime,
« Tu sus les désarmer en affrontant la mort.

« Je voulus, comme toi, la braver. Ma constance
« Pouvait sauver ce trône, où me plaça ta main.
« J'avais ta fermeté : je n'eus pas ta puissance.......
« Et nous avons subi les Arrêts du destin. »

À ces mots douloureux, la plaintive Amazone
Se penche vers son Fils, le presse sur son cœur ;
De ses voiles flottants le couvre, l'environne ;
Et des soins maternels fait encor son bonheur.

S'éloignant de ces bords, jadis si magnifiques,
De ces jardins aimés des peuples et des Rois,
ANTOINETTE et son Fils, spectres mélancoliques,
S'élèvent lentement sur la cime des bois.

Leur route dans les airs trace un long météore.
Le plus doux des parfums les précède et les suit.
Ils voudraient s'arrêter... Mais la naissante aurore
Est pour eux le signal de l'éternelle nuit.


Lafont d'Aussonne, Le crime du seize octobre ou les fantômes de Marly (1820)


N. B. Cette pièce a été lue, le 3 mai 1820, à la séance publique et solennelle de l'Académie des Jeux Floraux, par M. Carré, l'un des Quarante, élève et filleul de l'abbé Delille. Le fond du sujet et le grand talent du lecteur ont excité l'attendrissement d'une assemblée immense.
(Note des Éditeurs.)