vendredi 26 octobre 2007

Les grandes invasions et la Gaule romaine : chiffres, origines et influence ethnique

On a trop tendance à vanter aujourd'hui la tradition de terre d'accueil de la France (comprendre la République), de considérer notre hexagone ouvert comme un moulin depuis le Déluge, soit depuis toujours, à toutes les populations à qui il aurait pris envie d'y passer et de s'y installer - quand on ne considère pas cette extrémité occidentale de l'Europe comme le point d'aboutissement naturel de tous les fuyards (!). Ce discours est à l'évidence plus idéologique et politique qu'historique, pour nous faire avaler plus aisément l'immigration subie, car d'une part les flux humains d'autrefois ne sont en rien comparables à ceux d'aujourd'hui - et encore moins à ceux qui nous attendent si le catastrophisme climatique s'avère exact -, d'autre part, et justement, les additions démographiques se faisaient d'une façon naturelle qui permettait une assimilation permettant au pays de garder une composition ethnique homogène (sans compter que jadis on se défendait au lieu de se laisser envahir voire d'appeler à l'"invasion légale", mais cela est encore un autre débat).

L'une des expressions consacrées qui, par exemple, prête le plus à confusion, est sans doute celle des "grandes invasions", ces invasions qui ont provoqué la chute de l'Empire romain à la fin du Ve siècle en passant, notamment, par la Gaule. Or les historiens actuels ont l'heureuse tendance de réviser leur terminologie en évoquant plutôt des "grandes migrations", ce qui correspond bien plus au nombre réel des barbares qui se sont installés dans les provinces romaines qui correspondaient à la Gaule. Dès lors, il est intéressant de remarquer que le paysage ethnique de la Gaule n'a pas été modifié par ce qu'on qualifie de grandes invasions - comment donc devrions-nous aujourd'hui qualifier ce qu'on n'ose pas qualifier d'invasion, change le visage ethnique de la France comment jamais ne le firent les "grandes invasions", mouvement militaire et dû à l'attraction de la civilisation romaine, elles-mêmes ? Pour démontrer ce propos, je vous propose quelques chiffres très intéressants ainsi que quelques chronologies abrégées de l'origine des barbares - européens dans leur immense et écrasante majorité -, tout cela d'après l'excellent Clovis de Michel Rouche.

***

La démographie de la Gaule romaine

Au début Ve siècle, on évalue la population gallo-romaine, des Pyrénées au Rhin, à 6 à 8 millions d’habitants. Concernant l'armée, on compte seulement 30000 hommes stationnés en Italie et en Gaule, dont 21000 pour cette dernière.

Il existe des problèmes démographiques chez les Romains de Gaule, du sous-peuplement dans certaines régions, ainsi qu'une très forte mortalité : 50 % des habitants meurent avant 20 ans, l’âge moyen du décès étant de 27 ans pour les hommes, 22 pour les femmes (morts en couche nombreuses) . 18 % et quelques peuvent survivre plus longtemps jusqu’à 80 ans.

Plus largement, l'Occident romain ([Grande]-Bretagne ; Gaule ; Espagne ; Afrique du Nord ; Italie et Illyrie) compte environ 26 millions d’habitants.

Les deux armées de campagne et de couverture atteignent 65000 hommes. Sous Valentinien Ier (364-375), il y a plus de Germaniques que de Romains dans l’armée. On peut ainsi citer une loi ayant pour cause cet état de fait :


Loi de Valentinien Ier (370) : « Aucun provincial, quel que soit son rang ou son pays, ne doit s’unir à une épouse barbare. Aucune provinciale ne doit s’unir à un gentil [soldat germanique]. Si de telles unions se nouent entre provinciaux et gentils, la peine de mort fera expier ce qu’il y a là de suspect et de dangereux » (voir Code théodosien, III, 1, 4, 1).


Chiffres des populations barbares

Wisigoths : implantation en Aquitaine en 418 ; 20000 guerriers, 100000 avec femmes, enfants et esclaves.

Vandales : ils durent se compter pour monter en bateau en passant le détroit de Gibraltar ; ils étaient 80000 d’après Victor de Vita.

Burgondes : en 436 en Savoie ; environ 80000 également.


Francs : ceux qui colonisaient l’actuelle Belgique de l’ouest et du nord atteignaient peut-être 100000 personnes d’après Zollner.


Ostrogoths : lors de l’entrée en Italie en 488, près de 100000 individus également d’après le même.


Alains : mis en surveillance dans l’Orléanais, 3000 guerriers soit 15000 personnes en tout.


Conclusion : « par rapport au chiffre estimé des populations locales, la proportion des nouveaux venus devait évoluer entre deux et cinq pour cent des provinciaux romains. Rien d’un raz de marée démographique. »


L’effet de la plus grande tentative d’invasion, celle des Goths à Radagaise en 406, que les contemporains ont estimé entre 100000 et 400000 (exagération très perceptible) dont 20000 à 50000 guerriers, a été brisé par leur défaite terrible contre le régent Stilichon, vendant les survivants comme esclaves à un sou d’or par tête et intégrant 12000 des meilleurs guerriers dans l’armée romaine.


Le cas des Huns


La population du monde nomade de l’Europe centrale et orientale jusqu’à l’Oural est évaluée à 500000 personnes.


451, bataille des Champs catalauniques : Attila ne put rassembler une armée de plus de 50000 hommes d’origines diverses, malgré les exagérations des sources de l’époque. L’armée d’Aetius qui l’affrontait était de même taille : le plus grand choc du temps n’eut donc guère de conséquence sur le peuplement de la Gaule.


L'origine et les débuts de l'histoire des peuples barbares

« Procope, témoin oculaire comme Sidoine, déclare que les Germains orientaux « ont tous la peau blanche, une chevelure blonde, une haute stature et une belle allure ».


Les Germains occidentaux


Les Francs

Origine : la rive droite du Rhin.
Dans la région du bas Rhin, entre Xanten et Nimègue, se rassemblent les restes de tribus comme les Chamaves, les Chattuarri, les Bructères et les Saliens pour constituer un premier groupe.
Un deuxième groupe de Francs de l’intérieur, se constitue d’Angrivariens, Bructères, Tenctères, Ampsivariens, Tubantes, Usipètes.
Milieu du IIIe siècle : attaques franques pendant une usurpation impériale.
Sous Gordien III (238-244) le futur Aurélien écrase près de Mayence des Francs qui avaient envahi la Gaule.
254-275 : raids francs contre la Rhénanie et la Gaule jusqu’à la côte méditerranéenne.
Sous Valérien (253-260), certains Francs atteignent l’Espagne.
Les empereurs gaulois Postumus, entre 262 et 269, et Tétricus (271-273) tiennent les Francs en respect à partir de Cologne.
275-280 : nouvel assaut franc, l’empereur Aurélien ayant déplacé l’armée du secteur Cologne-Mayence en Orient. Probus écrase les Francs qui ravageaient la Gaule en 277-279 mais les troubles continuent jusqu’en 288. Les campagnes se dépeuplent et les villes, surtout en Gaule du nord, se fortifient : 37 agglomérations en Germanie Supérieure, 10 en Germanie Inférieure, une vingtaine dans les Belgiques, idem dans les Lyonnaises, 5 en Aquitaine et 3 en Narbonnaise.
Au nord, des prisonniers de guerre, les lètes, repeuplent les terres. Des soldats francs mais aussi alamands sont dilués dans les légions romaines (12 unités de lètes fantassins germaniques à Arras, Le Mans, Senlis, Vermand, Reims, Langres, Autun, Tongres, Verdun, Chartres, Rennes et Clermont ; 6 unités de cavaliers sarmates à Vermand, Auxerre, Langres, les trois autres sont inconnues).
288-289 : l’empereur Maximien traverse deux fois le Rhin et soumet un roi franc, Gennobaude. Un foedus est conclu, le royaume du vaincu reconnu comme client de Rome et les prisonniers romains rendus.
306 : en réaction aux attaques qui continuent, Constantin ravage le pays bructère, faisant un carnage immense. Une partie des prisonniers est versée dans la légion, l’autre, dont deux rois, livrée aux fauves dans l’amphithéâtre de Trèves.
312 : Constantin utilise des contingents francs à la bataille du pont Milvius.
Après une autre initiative de Constantin sur la rive droite du Rhin, une paix solide se prolonge jusqu’en 341 et 350.
355 : Silvanus, général né à Amiens d’un père franc et d’une mère bretonne, triomphe des Alamans. Une cabale ayant fait croire qu’il avait été jugé traître le poussera à se proclamer empereur et provoquera son assassinat.
357 : Julien l’Apostat trouve une Gaule dégarnie de troupes. Il écrase les Alamans à Strasbourg et force à la reddition 600 Francs sur la Meuse.
358-359 : poussés par les Saxons, les Francs occupent la Betuwe et débordent sur l’Escaut. Julien les bat et les installe comme deditices dans ce territoire et la Toxandrie.
360 : Des Chattuarri vaincus sont plus tard installés dans le pays de Langres.
370 : les Francs se révèlent des alliés fidèles en repoussant les Saxons à Diessen.
372 : Valentinien Ier nomme Merobaude généralissime (magister militum praesentalis), ce qu’il restera sous Gratien et Valentinien II. Il sera consul en 377, 383 et 388. Les progrès de l’usurpateur Maxime le conduiront malheureusement au suicide.
380 : Bauto, compagnon de Merobaude, devient général de cavalerie. Augustin, quelques mois avant sa conversion, écrit son panégyrique en 385 ; sa fille Eudoxie épousera l’empereur d’Orient Arcadius.
Vers 388 : la Germanie Seconde est pillée par des Franc rhénan conduits par les « ducs » Gennobaude, Marcomer et Sunnon, mais sont massacrés en partie au retour, alourdis par leur butin ; les légions romaines, les ayant poursuivis à deux jours de la rive droite du Rhin, sont à leur tour massacrées.
392-393 : Arbogast venge le massacre de 388.
6 septembre 394 : Arbogast est vaincu par les Goths de l’empereur Théodose sur les bords de la Rivière froide ; il se donne la mort. Il avait été destitué par Valentinien II puis élevé à la mort de ce dernier le rhéteur Eugène au trône impérial.
395 : le régent Stilichon traite avec les Francs Rhénans. Marcomer est exilé en Etrurie, Sunnon, révolté, massacré par ses propres fidèles. Les deux groupes francs demeurent alliés de Rome.

Les Hérules

Vers 250 : combats internes contre les Danois ; expulsion de la péninsule. Division en 2 groupes.
Le premier se rend à l’est où il organise des expéditions maritimes avec les Goths, qui les soumettront au début du Ive siècle en Europe orientale. Le second s’occupe de piraterie en Mer du Nord. C’est celui qui nous intéresse ci-dessous.
312 : soumission par l’empereur Constance Chlore.
Entre 350 et 400 : installation au nord des bouches du Rhin ; côtes des Gaules pillées à plusieurs reprises.

Les Angles
Origine : côtes de la péninsule danoise.
350 : début des expéditions occidentales

Les Saxons

Déplacements vers l’estuaire de l’Elbe (les Angles les suivront plus tard ainsi que vers le Rhin); premiers à tenter d’atteindre l’Empire.
IIIe siècle : association avec des Chauques, des Frisons et des France pour ravager les côtes de Gaule et d’Espagne. Séparation des Francs ensuite.
358 : Expulsion des Francs Saliens de l’île des Bataves.
Vers 400 : attaques sur les côtes septentrionale et méridionale de la Manche, en [Grande-]Bretagne et en Gaule.

Les Burgondes

Origine : la Norvège. Point de départ : deux lieux appelés Borgund près d’Alesund et du Sognefjord.
Ier siècle av. J.-C. – Ier siècle ap. J.-C. : ils atteignent la Germanie entre Vistule et Oder.
IIe – IIIe siècles ap. J.-C. : la migration s’accentue. Puis séparation en deux groupes en remontant l’Oder et la Vistule.
240-250 : les Burgondes orientaux, après avoir été attaqués par leurs voisins les Gépides, se rabattent sur la Vistule moyenne puis rejoignent sur le Don et en Crimée les Goths auxquels ils se soumettent.
277-278 : bataille sur le Lech de leur chef Igillos contre l’empereur Probus, ce dernier étant vainqueur et installant certains Burgondes comme alliés en [Grande-]Bretagne.
300 : après s’être dirigés vers le Brandebourg, la Saxe, l’Elbe, les Burgondes occidentaux franchissent cette dernière à Torgau à cette date.
Installation dans les vallées du Main supérieur et moyen où les Burgondes vivent en paix jusqu’en 370.

Les Thuringiens

Origine : mentionnés à partir de 400, ils se forment en arrière des Suèves occupant la Saxe et Thuringe à l’époque de César. Probable ajout de nordiques du Jutland, Angles et Warnes ayant abandonné leur nom ethnique vers 350.

Les Alamans

Origine : ils proviennent de tribus écrasées par les Romains aux Ier et IIe siècles ap. J.-C., Suèves, Semnons, Hermundures, etc.
Vers 200 : déploiement du Brandebourg à l’Elbe et à la Saale, puis en Thuringe. Jonctions avec les Bucinobantes de Mayence, les Lentienses du Linzgau, et les Brisigavi du Brisgau.
IIIe siècle : expéditions de pillage en Gaule, jusqu’à la Loire, Clermont, la vallée du Rhône et jusqu’à Tarragone.
352 : sept rois alamans puis d’autres ravagent la province de Germanie Première. L’empereur Julien les soumet en 358-361.
365-374 : les attaques reprennent. Valentinien Ier résout la situation et affaiblit les Alamans par un jeu d’alliances qui les divise.


Les Germains orientaux


Les Goths

Origine : très certainement la Suède (voir des noms comme l’Östergotland, le Västergotland, le fleuve Gotaalv et l’île de Gotland).
A partir de 50 av. J.-C. : première traversée de la Baltique.
Début du premier millénaire : installation sur les bouches de la Vistule avec des Burgondes, des Vandales et des Estes (voir noms comme Gdansk, Gdynia).
Début du IIIe siècle : création de la culture de Tcherniakov (village près de Kiev) après s’être déplacés le long de la Vistule, du Dniepr et du Don, à mi-chemin entre les forêts et les steppes depuis la Poméranie jusqu’à l’Ukraine.
Avec des Burgondes, des Hérules et des Gépides, les Goths entrent en contact avec des nomades sarmates, scythes et alains.
Installés en Ukraine, les Goths attaquent l’Empire romain sur le bas Danube ou sur les côtes de la mer Noire.
238 : Rome commence à accorder des subsides annuels en échange de troupes.
268-270 : Les empereurs successifs Gallien, Claude II et Aurélien repoussent les Goths sur la rive gauche du Danube avec de très lourdes pertes pour ces derniers.
271 : Aurélien occupe la Dacie romaine, qui sera occupée par les Goths ; division définitive entre les Goths danubiens et ceux de la culture de Tcherniakov.
291 : apparition des termes Tervingi ou Vesi dont Cassiodore fera wisigoth.
295 : foedus (traité d’alliance) avec le César Galère qui durera jusqu’en 323 et accorde aux Goths l’ancienne Dacie.
332 : renouvellement du foedus par Constantin, impliquant l’échange de subsides contre des soldats, mais aussi des otages princiers goths.
365 : le roi Athanaric pille la Thrace (Bulgarie) et soutient un empereur usurpateur. Valens effectue alors des opérations victorieuses en Valachie.
369 : Valens et Athanaric abandonnent le foedus pour une simple amitié ; les subsides sont supprimés, des otages remis aux Romains.
Mention du terme Greutungi pour désigner les Goths de l’Est, les Ostrogoths.
375-377 : les Huns écrasent les Ostrogoths qui fondent alors sur les Wisigoths. Ces derniers seuls reçoivent de Valens l’autorisation de traverser le Danube, mais les choses se passent mal. La guerre éclate en 377 et Valens fait appel à Gratien en Occident qui lui envoie le général franc Richomer.
9 août 378 : bataille d’Andrinople. L’empereur Valens attaque les Goths sans attendre les secours d’Occident ; son armée est écrasée par la cavalerie ostrogothe de Fritigern et Alaviv et les fantassins wisigoths, lui-même étant tué. Les Wisigoths ne purent exploiter leur victoire mais on ne peut leur faire repasser le Danube.
382 : l’empereur Théodose conclut un foedus avec les Wisigoths ; les Goths sont installés dans le nord de la Thrace, entre le Danube et les Balkans.
397 : le foedus attribue au roi Alaric Ier le titre de magister militum per Illyricum (général en chef pour l’Illyrie) et la Macédoine à son peuple.
24 août 410 : Alaric finit par s’emparer de Rome mais la pille seulement quatre jours.
Automne 413 : Athaulf parvient avec les Wisigoths devant Narbonne. Il s’empare ensuite sans combat de Toulouse puis de Bordeaux, les partisans d’Honorius s’enfuyant vers l’Italie.
1er janvier 414 : il épouse de force à Narbonne sa prisonnière Galla Placidia, sœur de l’empereur Honorius. Il espérait restaurer l’Empire par la force gothique mais leur fils, Théodose, meurt en bas âge.

Les Vandales

Vers 200 à 100 av. J.-C. : ils quittent le Jutland pour se diriger vers les bouches de l’Oder.
100 av. J.-C. : séparation en Hasdings et Silings, ces derniers remontant le haut Oder pour donner son nom à la Silésie.
100 av. J.-C. : originaires du golfe d’Oslo comme les Warnes et les Thuringiens, Les Hasdings se sont installés sur la haute Vistule pour perdre en 100 av. J.-C. leur domination sur les Goths.
170-180 : les Hasdings obtiennent des terres des peuples des Carpates grâce à Marc-Aurèle et échappent à la suzeraineté des Goths.
248 : le roi Ostrogotha soumet les Silings en Transylvanie.
Sous Constantin, le roi Hasding Wisimar voit ses troupes écrasées par le roi wisigoth Gébéric.
IVe siècle : les Vandales Hasdings, maîtres de la vallée de la haute Tisza. Traités avec Marc-Aurèle puis Aurélien pour fournir des soldats et recevoir des terres. Certains deviennent soldats et colons en Pannonie. Domination de la Slovaquie.


Les Asiatique et Orientaux


Les Huns

Origine : peuple vraisemblablement prototurc, les Kouèn (Chouni ou Huni en latin).
IIe siècle av. J.-C. : ils sont chassés par les Chinois de la Mongolie, puis quittent ensuite le nord du lac Baïkal pour la Sibérie occidentale et les montagnes de l’Oural.
IIe siècle ap. J.-C. : ils atteignent la Volga.
Vers 360 : entre la Volga et le Don, soumission des Alains, d’origine iranienne.
375 : les Huns écrasent les Ostrogoths et provoquent leur migration.

mercredi 24 octobre 2007

La fondation de la France

François-Louis Dejuinne, Baptême de Clovis à Reims. 25 décembre 496

Si l'on considère, comme nous l'a appris l'histoire à travers des exemples aussi prestigieux que ceux de l'Empire romain ou de l'Egypte ancienne, que toute civilisation est mortelle, c'est que la civilisation a une vie inscrite dans le temps et donc une naissance, une vie et une mort. Mais il faut sans doute préciser tout de suite qu'une civilisation ne naît pas ex nihilo ; elle hérite, et parfois lègue en disparaissant, comme l'Empire romain a légué ses valeurs à la province romaine gauloise devenue le royaume des Francs, et tout spécialement cette moitié nord de la Gaule qui, quoique moins romanisée que le sud, est restée le dernier bastion de romanité avant que les Francs ne prennent le relai en transcendant l'héritage romain.

Qui dit naissance dit donc fondation, car de même que Rome ne s'est pas construite en un jour, le royaume franc, la France, non plus, même si Clovis a posé des bases civilisationnelles sûres par son baptême catholique, une assise territoriale dans laquelle on reconnaît déjà notre pays, et par la transition légitime qu'il assurait avec l'autorité romaine, lui qui avait eu rang élevé dans son armée. Toutefois, cette fondation pose un problème politique, moral et identitaire, puisque tous les Français d'aujourd'hui ne comprennent pas cette notion même de fondation et de vie d'une civilisation. Cela a été très visible lors de la campagne pour les élections présidentielles de 2007, les candidats ayant tous leur France à eux, une France idéologique dégagée de toute réflexion historique, et ce débat a éclos tout particulièrement dès que le sujet de l'immigration a été capté par Nicolas Sarkozy. C'est donc l'occasion de rappeler quelles sont les visions idéologico-historiques concurrentes qui s'affrontent (et dont une seule n'est pas idéologique car véritable) :

1. La première vision est celle qui consiste, comme je l'ai rappelé en introduction, à considérer qu'une civilisation - et c'est le cas de la civilisation française - a nécessairement une fondation, c'est-à-dire qu'on peut déterminer assez précisément d'un point de vue chronologique quand émerge - et accessoirement quand s'étiole - la France. Il n'y a guère de doute qu'il faille dater cette fondation de la fin du Ve siècle, quand l'autorité romaine sur la province romaine de Gaule cède la place à la monarchie catholique, véritable pilier de notre civilisation. Dès lors, il faut dater l'étiolement de la civilisation française du moment où cette structure essentielle est détruite : 1789 (la Restauration de 1814-1830 étant malheureusement plus un sursis faisant des concessions aux valeurs révolutionnaires qu'une véritable renaissance). Cette vision historique peut être qualifiée de traditionnelle et légitimiste - et de légitime de mon point de vue.

2. La seconde perspective est celle que je qualifierais de bonapartiste. Le principe de la France n'étant pas selon cette dernière transcendant et donc civilisationnel, il repose dans un territoire et dans une continuité assurée par le peuple, seule principe de légitimité et de souveraineté - selon le mot célèbre, vox populi, vox dei. La vision bonapartiste veut ainsi reconnaître toute l'histoire de France, ses rois, sa révolution, sa république, parce qu'ils auraient tous chacun leur tour contribué à l'émergence de qui fait actuellement la France ; en un mot, tout ce qui est arrivé sur le territoire de France serait historiquement français. La faiblesse de ce raisonnement saute aux yeux, puisque le mot de France est désincarné dans une succession rapide de strates historiques ne répondant à aucun principe de civilisation à partir de la Révolution. Cette logique ne permet ni de dater le fondement de la civilisation française, ni sa fin, car si on peut appeler France une république qui renie tous les principes fondateurs de la France - monarchie et religion catholique - on devrait pouvoir tout aussi bien, rétrospectivement, qualifier la Gaule de France. Il faut enfin noter que c'est ce principe douteux qui a été retenu par l'orléanisme pendant la monarchie de Juillet, syncrétisme historique symbolisé par le drapeau tricolore et le retour des cendres de Napoléon. De même, les héritiers républicains de droite opèrent à l'envie cette confusion, ainsi Sarkozy parlant de Jeanne d'Arc dont il n'a cure pendant la campagne de 2007, ainsi Le Pen mélangeant Jeanne d'Arc, Valmy, les Chouans et Clémenceau, ou même Villiers évoquant dans la charte du MPF la résistance française, qui peut être aussi bien celle de la Guerre de Cent ans que celle de la Seconde Guerre Mondiale (combat républicain et non français selon la stricte définition donnée en 1).

3. La troisième vision de la fondation française que je tiens à présenter malgré qu'elle est la plus faussée de toutes, est celle qui est défendue par tout ce qui est estampillé gauche en république française. Elle consiste à placer la naissance de la France en 1789 voire en 1793, comme l'ont pu dire Ségolène Royal ou même François Bayrou pendant la campagne présidentielle de 2007. Cette logique, allant plus loin que le syncrétisme historique bonapartiste et orléaniste, est encore moins opérante puisqu'elle nie tout simplement les siècles et les siècles de monarchie française qui nous ont porté jusqu'à la situation actuelle. Une telle proposition est en réalité une usurpation du mot France, car ce point de vue n'eût été légitime que si le mot France avait disparu en 1792 lors de la naissance de la première république. Et effectivement, la république est née à la fin du XVIIIe siècle, mais la république n'est pas la France, elle ne peut pas même prétendre être son continuateur comme le royaume franc succédait à l'Empire romain dans la province romaine de Gaule, puisque la république est l'assassin de la France.


Lire aussi : Être français, une histoire de fidélité à un héritage

mardi 16 octobre 2007

Le testament de Marie-Antoinette, reine de France

En ce jour anniversaire du martyr de notre bien-aimée reine de France Marie-Antoinette, prenons un instant pour prier pour elle et pour honorer sa mémoire. Méditons aussi sur le courage dont elle fit preuve après Louis XVI à travers son testament.







"C'est à vous ma sœur, que j'écris pour la dernière fois. Je viens d'être condamnée, non pas à une mort honteuse, elle ne l'est que pour les criminels, mais à aller rejoindre votre frère. Comme lui innocente, j'espère montrer la même fermeté que lui dans ses derniers moments. Je suis calme comme on l'est quand la conscience ne reproche rien. J'ai un profond regret d'abandonner mes pauvres enfants ; vous savez que je n'existais que pour eux et vous, ma bonne et tendre sœur. Vous qui avez par votre amitié tout sacrifié pour être avec nous, dans quelle position je vous laisse !

J'ai appris, par le plaidoyer même du procès, que ma fille était séparée de vous. Hélas ! La pauvre enfant, je n'ose pas lui écrire, elle ne recevrait pas ma lettre. Je ne sais même pas si celle-ci vous parviendra. Recevez pour eux deux ici ma bénédiction. J'espère qu'un jour, lorsqu'ils seront plus grands, ils pourront se réunir avec vous, et jouir en entier de vos tendres soins. Qu'ils pensent tous deux à ce que je n'ai cessé de leur inspirer, que les principes et l'exécution exacte de ses devoirs sont la première base de la vie, que leur amitié et leur confiance mutuelle, en feront le bonheur.

Que ma fille sente qu'à l'âge qu'elle a, elle doit toujours aider son frère par les conseils que l'expérience qu'elle aura de plus que lui et son amitié pourront lui inspirer ; que mon fils, à son tour, rende à sa sœur tous les soins, les services, que l'amitié peut inspirer ; qu'ils sentent enfin tous deux que, dans quelque position où ils pourront se trouver, ils ne seront vraiment heureux que par leur union. Qu'ils prennent exemple de nous. Combien, dans nos malheurs, notre amitié nous a donné de consolations, et, dans le bonheur, on jouit doublement quand on peut le partager avec un ami ; et où en trouver de plus tendre, de plus cher que dans sa propre famille ?

Que mon fils n'oublie jamais les derniers mots de son père, que je lui répète expressément : qu'il ne cherche jamais à venger notre mort ! J'ai à vous parler d'une chose bien pénible en mon cœur. Je sais combien cet enfant doit vous avoir fait de la peine ; pardonnez-lui, ma chère sœur ; pensez à l'âge qu'il a, et combien il est facile de faire dire à un enfant ce qu'on veut, et même ce qu'il ne comprend pas. Un jour viendra, j'espère, où il ne sentira que mieux tout le prix de vos bontés et de votre tendresse pour tous deux. Il me reste à vous confier encore quelques pensées. J'aurai voulu les écrire dès le commencement du procès ; mais, outre qu'on ne me laissait pas écrire, la marche en a été si rapide que je n'en aurais réellement pas eu le temps.

Je meurs dans la religion catholique, apostolique et romaine, dans celle de mes pères, dans celle où j'ai été élevée, et que j'ai toujours professée. N'ayant aucune consolation spirituelle à attendre, ne sachant pas si il existe encore ici des prêtres de cette religion, et même le lieu où je suis les exposerait trop s'il y entrait une fois. Je demande sincèrement pardon à Dieu de toutes les fautes que j'ai pu commettre depuis que j'existe. J'espère que dans sa bonté Il voudra bien recevoir mes derniers vœux, ainsi que ceux que je fais depuis longtemps pour qu'Il veuille bien recevoir mon âme dans sa miséricorde et sa bonté. Je demande pardon à tous ceux que je connais, et à vous, ma sœur, en particulier, de toutes les peines que, sans le vouloir, j'aurai pu vous causer. Je pardonne à tous mes ennemis le mal qu'ils m'ont fait. Je dis ici adieu à mes tantes et à tous mes frères et sœurs. J'avais des amis ; l'idée d'en être séparée pour jamais et leurs peines sont un des plus grands regrets que j'emporte en mourant ; qu'ils sachent, du moins, que jusqu'à mon dernier moment, j'ai pensé à eux.

Adieu ma bonne et tendre sœur ; puisse cette lettre vous arriver ! Pensez toujours à moi : je vous embrasse de tout mon cœur, ainsi que ces pauvres et chers enfants. Mon Dieu ! Qu'il est déchirant de les quitter pour toujours. Adieu, adieu ! Je ne vais plus m'occuper que de mes devoirs spirituels. Comme je ne suis pas libre dans mes actions, on m'amènera peut-être un prêtre ; mais je proteste ici que je ne lui dirai pas un mot, et que je le traiterai comme un être absolument étranger."

Source

Tableaux de Marie-Antoinette (1755-1793), reine de France

Jean-Baptiste le vieux Charpentier ; Joseph Ducreux (d'après), Marie-Antoinette d'Autriche, reine de France (1755-1793)

François Hubert Drouais, Madame la Dauphine Marie-Antoinette, en Hébé

Elisabeth Louise Vigée-Le Brun, Marie-Antoinette d'Autriche, reine de France (1755-1793)

Elisabeth Louise Vigée-Le Brun, Marie-Antoinette d'Autriche, reine de France (1755-1793)

Elisabeth Louise Vigée-Le Brun, Marie-Antoinette d'Autriche, reine de France (1755-1793)

Elisabeth Louise Vigée-Le Brun, Marie-Antoinette d'Autriche, reine de France (1755-1793)

Jean-Baptiste André Gautier-Dagoty, Marie-Antoinette d'Autriche, reine de France (1755-1793)

Louis-Auguste Brun ; Brun de Versoix (dit), Marie-Antoinette à cheval

Adolf Ulrik Wertmuller, Marie-Antoinette d'Autriche, reine de France (1755-1793)

Elisabeth Louise Vigée-Le Brun, Marie-Antoinette et ses enfants

Eugène Bataille ; Adolf Ulrich Wertmuller, Marie-Antoinette d'Autriche, reine de France, et ses enfants

Alexandre Kucharski, Marie-Antoinette au Temple

vendredi 12 octobre 2007

Manifestation pour dire non au super-état européen le 19 octobre

C'est le 19 octobre à 18 heures Place des Victoires (Métro Bourse ou Palais Royal) qu'aura lieu cette manifestation "organisée sous l'égide du mensuel l'Indépendance et du comité national "non c'est non !" Si je suis en tant que royaliste solidaire de cette manifestation, ce n'est évidemment pas tant pour dénoncer le non respect du non à la Constitution de 2005 en ce que cela constitue un viol de la démocratie, n'étant pas démocrate, mais parce que quand des Français s'engagent d'eux-mêmes pour que ne soit pas défaite l'indépendance nationale plus encore - car elle ne l'est déjà que par trop ! - ils méritent d'être soutenus. Nous tous, royalistes, souverainistes, nationalistes, qui sommes français de coeur, devons lutter contre l'ingérence européenne et contre ce mini-traité qui est une nouvelle constitution camouflée faite pour aggraver l'ingérence et faire un pas de plus vers l'Europe politique. Si l'Europe politique voit le jour, fondée qu'elle est sur le jacobinisme et les idéaux des Lumières, on ne pourra plus rien espérer du redressement réactionnaire ni d'une restauration royale.

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jeudi 11 octobre 2007

La monarchie espagnole attaquée ou la fragilité de la monarchie parlementaire

On connaît déjà la situation très difficile de la monarchie belge qui peine à voir se former un gouvernement, mais il faut aussi compter désormais avec une contestation grandissante de la monarchie espagnole. Evidemment, le problème de cette dernière est tout différent et est le fait principalement d'une part des séparatistes basques et de l'ETA, mais aussi de groupuscules catalans républicains indépendantistes. Dans les faits, la contestation de ces derniers est beaucoup plus pacifique et idéologique que celle des premiers, et réside dans le fait d'avoir brûlé des représentations du roi d'Espagne, Juan Carlos, notamment le 13 septembre à Gérone. Cela n'est pas rien dans un pays où les injures faites à la famille royale sont passibles de peines et d'amendes relativement lourdes. La personne du roi est cependant aussi attaquée, ce qui peut sembler plus étonnant, par une frange dure de la droite espagnole, par l'entremise du présentateur de la Cope (radio privée dirigée par l'Eglise espagnole) Federico Jimenez Losantos, qui réclame son abdication pour renforcer l'institution.

C'est dans ce climat que le Roi s'est exprimé pour défendre les atouts du retour de la monarchie en Espagne en ces termes : "la monarchie a permis à l'Espagne de vivre sa plus longue période de stabilité et de prospérité en démocratie". On peut comprendre d'un point de vue formel que le Roi se soit exprimé de telle manière au vu de la teneur de l'institution espagnole actuelle qui fait suite à quarante années de franquisme et du rôle du monarque dans l'échec du putsch militaire de 1981. Mais, sans vouloir nier une certaine prospérité économique espagnole, l'association de la monarchie et de la démocratie me paraît conceptuellement gênante dès lors qu'on en fait l'argument principal, le fondement même du régime, et il n'est dès lors pas si étonnant qu'une certaine droite dure catholique espagnole éprouve de la gêne, de la réserve face à l'institution. On a même l'impression qu'il faudrait écrire dans ce cas précis que c'est la monarchie qui est au service de la démocratie et pas l'inverse, et si on sait que les Espagnols sont considérés comme plus juancarlistes que royalistes, il y a tout à craindre pour un pouvoir qui repose plus sur la personnalisation que l'institution.

Je rejoins personnellement la crainte de la droite dure espagnole, pour une raison simple : je pense que l'institution monarchique est la meilleure quand elle ne renie pas sa dimension traditionnelle et qu'elle conserve sa légitimité transcendante. Une monarchie parlementaire est faible quand elle fait reposer son principe d'action sur les procédés les plus démocratiques, ce dont témoigne la possibilité même de la mise en place d'un gouvernement socialiste, possibilité qui m'apparaît comme aberrante. On a vu que la faiblesse de Zapatero face à l'ETA, que le vote des lois les plus immorales ayant pour but la destruction de la tradition catholique espagnole, confirment cela, sans parler de la régularisation massive irresponsable de clandestins. Le Roi, au lieu de se faire le garant de la démocratie, ferait mieux de se faire le garant de la tradition et se souvenir des Rois Catholiques. Non seulement c'est la vocation de toute monarchie rayonnante, mais c'est s'assurer le soutien indéfectible des seuls alliés sûrs de toute couronne légitime : les conservateurs et les réactionnaires. A force de vouloir contenter ceux qui de toute façon abusent du Roi dans leurs revendications d'indépendance comme les Catalans, ceux qui sont les apôtres du relativisme et du modernisme, le fait de se couper des réactionnaires et autres nostalgiques du franquisme risque fort de faire mûrir l'opposition républicaine. Une monarchie catholique est nécessairement tradition, elle ne peut être pure démocratie, cela signifiant se soumettre aux quatre vents de la mode et de l'opinion. Mais cela est le problème de toutes les monarchies européennes : la contamination par les idéaux de la Révolution française, sans compter la domination de l'Europe dont l'institution en est l'expression la plus achevée. Ce n'est évidemment pas ce type de royauté que j'appelle de mes voeux en France.


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mercredi 10 octobre 2007

Abandon intégral hypocrite de la peine de mort sous l'égide de l'Europe

Alors que la peine de mort avait déjà été abolie par Mitterrand en 1981 et que cela a été inscrit dans la Constitution de la Ve République en février 2007, la Convention européenne des droits de l'homme en remet une couche, puisque la France a aujourd'hui - journée de l'Europe contre la peine de mort - ratifié le protocole 13 de cette convention qui "abolit la peine de mort en toutes circonstances, même pour les actes commis en temps de guerre ou de danger imminent de guerre". Sans être un fervent partisan de la peine de mort car lui préférant, en tant que catholique, un bagne à perpétuité permettant de faire éventuellement pénitence pour le salut de son âme, je trouve que cela va trop loin dans le mauvais sens. On ne peut légitimement pas s'interdire absolument de traiter des gens qui se sont mis en situation de guerre contre la civilisation - je pense au terrorisme - comme ils le méritent. Même le catéchisme actuel le permet.

Mais le plus important c'est l'hypocrisie fondamentale des positions européenne et française sur le sujet, révélée par les difficultés rencontrées avec la Pologne quant à la mise en place de cette journée européenne contre la peine de mort. Car quand on veut protéger et promouvoir la vie, on ne commence pas par pleurer le sort des délinquants et des pires criminels dans la plus pure et ridicule tradition philanthropique, on préserve avant tous les innocents, ceux qui sont éliminés sans pouvoir se défendre. Je fais bien évidemment allusion ici à l'avortement, au génocide des innocents. De fait, la peine de mort existe bel et bien toujours en France et dans la majeure partie de l'Europe, et elle concerne ces enfants qui n'auront pas eu une chance de vivre à cause de l'égoïsme de la société. On les sacrifie pour rien, on préfère sauver des criminels qui auraient plus de raison de mourir, alors que pendant ce temps-là on déplore le vieillissement de l'Europe et qu'on promeut l'invasion par l'immigration massive au niveau européen. La seule conclusion possible est celle-ci : l'institution européenne est une criminelle, et c'est elle qui mérite d'être supprimée.

lundi 8 octobre 2007

Tests ADN et incapacité républicaine

S'il y a bien une mesure du gouvernement qui fait couler beaucoup d'encre en ce moment et qui nous rappelle douloureusement comment Nicolas Sarkozy a cocufié un électorat patriote, nationaliste et réactionnaire étrangement docile pour se faire élire plus aisément, c'est bien celle-ci, puisqu'elle concerne directement l'un des thèmes majeurs de la prétendue extrême droite, l'immigration, cette immigration dont les effets concernent pourtant tout le peuple français.

La droite sarkozyste ne semble pas a priori hostile dans ses déclarations à un certain contrôle de l'immigration, même si personne n'est dupe - dans le camp de la droite de la droite du moins - de ses véritables intentions. Ainsi ces tests ADN sont-ils l'une de ces mesurettes insuffisantes censées faciliter ce contrôle, vain bricolage qui traduit une position défensive envers un phénomène qu'on n'essaie pas sérieusement d'endiguer. Car de même que l'objectif des 25000 reconduites à la frontière est ridicule en comparaison des clandestins déjà présents sur le territoire et qui continuent d'affluer, de même cette mesurette ADN en soi n'est qu'une concession grotesque pour atténuer ce qu'il faut supprimer : le regroupement familial. En ce sens, François Fillon a eu raison de parler de détail, même si je doute fort qu'il ait parlé dans la même optique que moi.

Si on sait donc que la volonté de façade affichée par le gouvernement quant à la lutte contre l'immigration clandestine n'est pas sérieuse, intéressons-nous tout de même un instant à ces tests ADN, dont la contestation jusque dans les rangs de la droite révèle le dysfonctionnement du système républicain, ou dans un sens sa malheureuse cohérence. On passera sur le sous-entendu d'un Charles Pasqua à qui cela rappelle le nazisme : les tests ADN traduisent plutôt le progrès scientifique et les nouvelles possibilités, les nouveaux moyens de notre époque, que le passé historique. Car l'important est ce que l'on souhaite en faire, c'est-à-dire ici contrôler les conditions d'accès au regroupement familial en vue d'empêcher les nombreuses fraudes, qui tournent au moins à 50 % selon les chiffres, pour aller jusqu'à 80 % des entrées. On ne voit pas bien le lien avec le nazisme dans tout cela, sauf à faire preuve de la plus méprisable mauvaise foi - et on la sait malheureusement intéressée, cette mauvaise foi.

La critique porte évidemment ensuite sur la définition de la famille, et beaucoup s'insurgent de la voir réduite à une dimension biologique. Et pourtant, la filiation par le sang reste, il faut l'avouer, malgré la dégénérescence de notre époque, la norme. De plus, si le regroupement familial n'est pas restreint à ce sens normatif et de bon sens, il ne connaît plus aucune limite et serait mieux nommé ainsi : regroupement ethnique. Si toute personne peut se réclamer moralement d'une famille, le regroupement familial n'a plus de sens, puisque toute personne peut alors de facto venir en France en ne manquant pas d'être reconnue par ses congénères qui résident déjà en France. Tout cela sans compter que la république française tolère sur son territoire les familles polygames, ce qui n'arrange rien, et justifie presque ceux qui pestent contre ces tests ADN : les sarkozystes, si on ne les savaient pas déjà hypocrites, apparaîtraient là bien incohérents. De toute façon, la partie est quoiqu'il en soit déjà abandonnée puisque l'amendement a été révisé et que le test ne saurait plus être que volontaire, ce qui constitue, comme le rappelait de façon désespérée Bernard Debré samedi soir chez Ruquier, une façon d'aider le regroupement familial en France. Comme s'il ne l'était pas déjà assez, on aura tout vu !

Surtout, cette petite affaire traduit bien l'incapacité foncière du système républicain à pouvoir gérer le défi de l'immigration, à ne serait-ce que le vouloir même. Tous les opposants à ces tests ADN s'appuient sur les mêmes arguments : ils seraient inconstitutionnels, ils entreraient même en opposition avec les valeurs de la France (comprendre : la république qui a remplacé la France depuis la Révolution). De même qu'on peut soupçonner le gouvernement Sarkozy d'avoir lancé cette mesure, tout en sachant qu'elle ne pouvait aboutir, pour contenter son électorat droitier ("vous voyez, on essaie, ce n'est pas notre faute"), de même il ne faut pas perdre de vue que tout gouvernement élu au suffrage universel et qui tenterait, au contraire du gouvernement de Fillon, de lutter efficacement contre l'immigration, entrerait en conflit avec les valeurs et la constitution de la république. Imagine-t-on Villiers ou Le Pen présidents d'une république qui leur interdirait par ses fondements de mettre en oeuvre leur programme ? En vérité, toute véritable politique de droite, réactionnaire et patriote, entraînerait une crise politique et institutionnelle profonde. Elle ne se pourrait mettre en oeuvre qu'en brisant la république et ses fondamentaux relativistes, de même qu'en mettant au ban les remontrances de l'Europe et le poids des Droits de l'homme. Ce n'est pas enfin dans un néo-fascisme, dans une république de type césariste et dictatoriale, qu'il faudrait retrouver un équilibre institutionnel qui permette de promouvoir vraiment la France et de la protéger. C'est la royauté traditionnelle qui seule a la faculté d'ériger en principe la France, en liant le destin du Prince a celui de l'intérêt de son pays. Bien au contraire de cela, la république est le principe même de la trahison de soi, qui entraîne notamment cette immigration incontrôlée qui se conjugue à des pulsions de mort et d'auto-destruction.

vendredi 5 octobre 2007

Emeute à Saint-Dizier ou Sarkozy impuissant face à la barbarie

Où est passé le fameux karcher de Nicolas Sarkozy, qui pérorait tel un matamore face à toutes les caméras des chaînes de télévision françaises alors qu'il était ministre de l'Intérieur et candidat à la présidence de la république ? A-t-il seulement jamais existé d'ailleurs pour être plus exact ? C'est ce qu'on est en droit de se demander quand on prend connaissance de ce qui s'est passé jeudi soir dans un quartier sensible de Saint-Dizier, qui compte 12000 habitants environ pour une population totale de 30000 habitants.

Ainsi, c'est alors que des policiers et des pompiers travaillaient à éteindre un incendie dans le quartier du Vert-Bois près d'un centre commercial qu'une meute de quarante à cinquante jeunes portant des cagoules et dont l'âge irait de 12 à 20 ans s'est lâchement attaquée à un véhicule de la Brigade anti-criminalité ainsi qu'à un fourgon de pompiers. Munis de barres de fer, de barres à mine, voire même de sabres, ces jeunes barbares se sont acharnés sur le fourgon et ont tenté d'en extraire les occupants pour leur faire subir le même sort, ce pourquoi policiers et pompiers se sont enfui en appelant des renforts, qui arriveront trop tard car les jeunes lâches se seront dispersés. D'après des témoignages des habitants, la scène a été d'une violence inouïe, d'une barbarie intense, effrayante même quand la police aura déserté. Le bilan lui-même est lourd, puisque ce sont 22 voitures qui ont été brûlées, plus encore dégradées, et que le feu a été mis à la Maison de la jeunesse et de la culture ainsi qu'à l'office HLM de la ville ; du côté des policiers et des pompiers, seul un policier souffre de coupures dues à des éclats de verre et un pompier de contusions sur le bras dues à une barre de fer.

Comme on peut s'en rendre compte aisément, rien n'a changé depuis l'insurrection de fin 2005 et l'émeute de la Gare du Nord, malgré les déclarations de Sarkozy qui n'y changeront rien : le terreau de l'insécurité et même de la barbarie est toujours bel et bien là, ce qui n'a rien d'étonnant devant l'incapacité et l'irresponsabilité de nos gouvernements successifs. Il suffit toujours d'un incident minime pour déclencher des révoltes certes très circonscrites géographiquement mais pouvant éclater dans n'importe quelle zone urbaine sensible voire se propager en cas de crise plus grave sans qu'on puisse l'arrêter. Dans le cas qui nous intéresse, il est question d'un jeune du quartier qui aurait commis des violences à l'encontre d'un policier et qui serait toujours en détention. Le premier constat est donc simple : dans ces quartiers la loi française ne fait pas référence, n'est pas acceptée car les gens qui y vivent sont dans une logique communautaire. De par la réaction de ces jeunes, on peut aller plus loin en précisant qu'ils se retirent de fait de la communauté nationale en adoptant un comportement barbare, déni de civilisation.

A partir de ce constat simple et de la réflexion qu'il entraîne, il faut revenir sur la fuite des policiers, qui fait malheureusement écho à l'attitude des forces de police et de gendarmerie pendant les révoltes de fin 2005. On se souviendra aisément que le ministre de l'Intérieur en fonction à l'époque, l'actuel président de la république, se félicitait de sa "police républicaine" parce qu'elle s'était contentée de faire de la figuration et qu'il n'y avait eu aucun mort (du côté des émeutiers pour être exact, car il oubliait un peu facilement de citer le décès d'un pauvre vieil homme bousculé au bas de son immeuble et mort à cause d'une mauvaise chute). C'est la même chose quand des parents incapables laissent un enfant passer sa colère tout seul plutôt que le prendre en main puis le punir. Or qu'en est-il dans le quartier sensible de Saint-Dizier dans cette affaire ? Les forces de police ont pris la fuite parce qu'elles n'étaient manifestement pas préparées, alors que l'on sait très bien que la situation peut exploser dans tous les quartiers sensibles de France à n'importe quel moment, puisque ce sont des zones de non-droit. On ne devraient envoyer dans ces zones que des unités suffisamment nombreuses et préparées à ce genre de situation. Mais ce n'est encore qu'une partie du problème, car finalement, que sont quarante ou cinquante jeunes frénétiques et veules munis d'armes blanches ? Pas grand chose si on leur opposait de véritables forces de répression mobiles, habilitées à tirer à balles réelles. C'est le dernier point qui est le plus important, car dans tout endroit où un gouvernement n'a plus la volonté suffisante pour faire respecter l'ordre, se développe le chaos.

Deux phénomènes se conjuguent pour favoriser l'émergence du chaos, de la peur et d'une nouvelle barbarie dans les zones urbaines françaises et leurs périphéries : la concentration d'une immigration de masse, mais aussi la féminisation des valeurs sociales. De fait, l'immigration maghrébine, arabe, musulmane - facteurs qui s'accumulent souvent - cultive la communautarisation et une attitude de rébellion face à l'autorité française dont la légitimité n'est pas reconnue, ou à peine ce qu'il faut pour pouvoir bénéficier de la manne financière d'un système social qui favorise le fainéant étranger sur le travailleur, car la réalité est que le nanti étranger a plus de droits en France que l'ouvrier français moyen. Mais cette faiblesse de la France pour ses étrangers et clandestins lui revient en pleine face par un retour de manivelle somme toute logique : en étant aussi lâches, en se montrant aussi pleutres, les gouvernements successifs de la république ont montré aux étrangers qu'ils étaient sans honneur. Ils ont enseigné aux étrangers que la république était une catin qui prostituait toute vertu pour acheter sa paix à vil prix. Et c'est bien là qu'interviennent ces valeurs féminines exacerbées qui privent la France de toute image honorable, qui empêchent quiconque de vouloir s'y assimiler : comment vouloir s'assimiler à une nation qui cherche des excuses à des barbares qui brûlent des voitures et des centres culturels et de civilisation ? En vérité, c'est la même chose quand des enfants ne sont jamais punis par des parents qui finissent par passer pour des clowns. La France, empêtrée dans sa démagogie soixante-huitarde, a en effet tout d'un clown grotesque, loin d'être drôle car paralysée par sa lâcheté.

Ce n'est pourtant pas qu'il n'existe pas de solution. Si l'Europe se trouve dans une situation pire que l'était celle de Rome face aux Barbares du Ve siècle, c'est surtout parce qu'elle l'a voulu, ne s'étant jamais remise du traumatisme ayant suivi la Seconde Guerre mondiale et préférant s'autodétruire plutôt qu'oser s'affirmer à nouveau. De plus, la France souffre malheureusement de l'héritage et des valeurs de la Révolution française qui sont les plus handicapants qui soient face à la désintégration de l'intérieur que nous présente notre époque comme un formidable défi. On sait très bien que lutter contre la barbarie revient à remettre en cause l'héritage républicain et ses valeurs relativistes, car comment affirmer la France, la défendre, quand en même temps les fondamentaux du régime enseignent que toute culture, tout comportement, toutes origines sont valables et même égales ? Ce n'est pas en République qu'il faut espérer des quotas d'immigration ethniques et religieux, ni même faire le constat que quand les immigrés polonais, italiens, portugais, espagnols, se sont bien intégrés en travaillant très dur, ce ne sera jamais le cas des Arabes profiteurs. Non, on n'est pas même capable d'atténuer les effets du regroupement familial parce que les valeurs de la république s'y opposeraient, comme on l'a vu récemment.

Et puis, nos notables républicains se fichent bien de la souffrance du peuple français soumis à la barbarie des banlieues, trop occupés qu'ils sont à accompagner la mondialisation, à nous faire avaler la tyrannie européenne de Bruxelles et son bureau de jacobins : ce ne sont pas leurs voitures qui brûlent, ce ne sont pas leurs enfants qui vont à l'école en ZEP. Ils se fichent bien de savoir que les immigrés des banlieues ne viennent pas pour travailler mais pour profiter des aides et des gaspillages faramineux de notre pourtant si fabuleux système social (l'immigration coûte au moins 30 milliards d'euros par an, et on ose nous parler de nous serrer la ceinture !), de même que les voitures des honnêtes gens flambent. On nous dit à la télévision que Michelle Alliot-Marie va venir "constater" les dégâts à Saint-Dizier. Gageons que notre président matamore va nous faire un petit discours sécuritaire face aux caméras dans quelques temps, et que rien ne changera dans les faits. Car qui interdira le regroupement familial en France ? Qui supprimera les allocations familiales pour les familles de délinquants ? Qui expulsera tous les clandestins et rétablira de vraies frontières ? Qui osera dire que l'islam n'est pas le bienvenu en France ? Qui expulserait les Français de papier d'origine douteuse qui se révolteraient contre ces mesures salutaires tout en redéfinissant la notion de francité ? Certainement pas M. Sarkozy, lui qui était si fier d'avoir aboli la double peine, lui qui aime tant sa diversité, son islam de France. En fait, le karcher a plus servi contre les Villiers et les Le Pen que contre les barbares ; aux Français de coeur de se réveiller un jour et de prendre conscience que seule une monarchie catholique pourrait faire respecter et rayonner à nouveau notre civilisation française, remplaçant avantageusement une république à bout de souffle qui ne protège plus personne et n'aspire plus qu'à s'autodétruire.